De l'importance de croiser les sources en histoire : c'est bien plus amusant

Villes en Méditerranée

• 26 septembre 2014 •
De l'importance de croiser les sources en histoire : c'est bien plus amusant - Zibeline

La Maison méditerranéenne des sciences de l’homme et le MuCEM accueillaient du 24 au 27 septembre un colloque international traitant des Villes en Méditerranée au Moyen-Âge et à l’époque moderne. Son programme touffu réunissait chercheurs et doctorants issus des meilleurs départements d’histoire en France, Italie, Espagne, Turquie et pays du Maghreb.
De la 7ème session qui portait sur Urbanisation et politique, on retiendra en particulier l’intervention pleine d’humour de Ahmed Saadaoui, évoquant les anciens et nouveaux lieux de sociabilité des villes maghrébines du début de l’époque ottomane (XVIe-XVIIe).

Ce  professeur de l’Université de la Manouba à Tunis évoquait de manière plaisante les pratiques en vigueur à cette époque dans les hammams, les tavernes et les cafés, à travers les différentes sources à disposition de l’historien. Là où les archives ottomanes ne livrent souvent que des registres de comptes ou des plans de bâtiments, les européens en visite se montraient particulièrement descriptifs dans leurs récits de voyage, notamment vis à vis de certains usages « exotiques » : aller aux bains chaque semaine, par exemple, une mesure d’hygiène inusitée à leurs yeux !

Quant aux multiples gargotes tenues par des esclaves, elles rassemblaient nombre de  chrétiens autour de leur chopines, mais également des juifs… et des musulmans. Les chroniques locales évoquent rarement ces « lieux de débauche », sauf à mentionner leur destruction par un souverain sourcilleux, mais les voyageurs étrangers ne manquaient pas de relever leur popularité, et les bagarres qui y étaient favorisées par la consommation d’alcool.

Enfin, Ahmed Saadaoui évoquait l’irrésistible attrait du café, ce « breuvage yéménite » amené par les Turcs à la fin du XVIe siècle, et qui, malgré l’opposition des autorités religieuses les plus rigoristes, était en plein essor. Le café est selon lui parvenu en quelques décennies à modifier la morphologie des villes, leur architecture faisant place progressivement aux très nombreux lieux où on le consommait.

GAËLLE CLOAREC
Septembre 2014