Alexandre Friederich et Thomas B. Reverdy évoquent aux Correspondances de Manosque leur fascination pour Détroit

Ville fantômeLu par Zibeline

Alexandre Friederich et Thomas B. Reverdy évoquent aux Correspondances de Manosque leur fascination pour Détroit - Zibeline

Samedi 26 septembre, 16h30, place d’Herbès à Manosque, lors des dernières Correspondances. Alexandre Friederich et Thomas B. Reverdy se livrent à un dialogue captivant autour de Détroit, autrefois capitale mondiale de l’automobile, du taylorisme, du rationalisme fou ; aujourd’hui ville exsangue, la première des Etats-Unis à avoir déclaré faillite en juillet 2013. D’une source d’inspiration commune jaillissent deux formes littéraires différentes : un reportage, Fordetroit dans lequel Alexandre Friederich se met en scène à la rencontre des habitants (d’abord sur internet, puis sur place, circulant à vélo), et une fiction, Il était une ville, où l’inspecteur Brown enquête sur la disparition de centaines d’enfants peu de temps après la crise des subprimes «Lehman Brothers» (septembre 2008). Thomas B. Reverdy, frappé par le livre de photographies Vestiges du rêve américain de Romain Meffre et Yves marchand, dépeint un nouveau Far West, un territoire en guerre (économique), les WASP partis en banlieue, d’autres vers les Etats du Sud à la recherche d’un emploi, et les plus démunis ( à 90 % Afro-américains) livrés aux trafiquants et aux dealers.  Fordetroit (contraction de Ford-Détroit, mais aussi slogan anglais «pour sauver Détroit» ), c’est un «traité de la disparition», un livre sur les ruines d’une civilisation et qui ressemble presque à de la science-fiction : des maisons et immeubles vidés de leurs habitants, plus de services publics, des salaires à 20 dollars par mois, des maisons qui se vendent à un dollar, une nature qui reprend ses droits, des jardins potagers improvisés, des incendies volontaires pour créer des îlots de sécurité… C’est pour l’auteur un point de non-retour, un épiphénomène qui suggère que «le désastre est inscrit dans le projet de capitalisme mondial». Thomas B. Reverdy, résolument optimiste, évoque plutôt l’idée de «catastrophisme éclairé» de Jean-Pierre Dupuis et pour éviter la catastrophe, préfère annoncer qu’elle a déjà eu lieu, d’où son titre…

MARION CORDIER
Octobre 2015

Alexandre Friederich, Fordetroit, Allia, 2015
Thomas B. Reverdy, Il était une ville, Flammarion, 2015

http://correspondances-manosque.org/

Photo : -c- M.C.