Vu par Zibeline

O que arde, film très sensoriel du Galicien Oliver Laxe, vu à CinéHorizontes

Viendra le feu

• 18 novembre 2019 •
O que arde, film très sensoriel du Galicien Oliver Laxe, vu à CinéHorizontes - Zibeline

Coup de cœur de CinéHorizontes, O que arde (Viendra le feu) le troisième film du cinéaste galicien Oliver Laxe a été présenté le 18 novembre au cinéma Le Prado. Un film d’une beauté saisissante qui, après le Prix du Jury à Un Certains Regard à Cannes vient d’obtenir l’Alexandre d’Or du meilleur film au Festival de Thessalonique. A juste titre.

La nuit. Dans la forêt, des arbres qui se dressent, majestueux et que la caméra semble caresser. Soudain, ils tombent, l’un semblant entrainer l’autre dans sa chute comme une rangée de dominos. Puis apparaissent, dans les lumières des phares et des projecteurs qui zèbrent la nuit, deux monstres de fer, les engins qui abattent ces eucalyptus. L’une des abatteuses s’arrête devant un vieil arbre, comme saisie par sa beauté tandis que s’élève le Nisi dominus( cum dederit) de Vivaldi.. Dès le prologue on est sous le choc  de ces images, tournées en Super 16, par le directeur de la photographie, Mauro Herce. Alors que la cantate se poursuit, dans un bureau un employé consulte des dossiers : l’un concerne Amador (Amador Arias), « le pyromane qui a brûlé la montagne entière de Lugo. Un pauvre type » . Il va être libéré après avoir purgé ses deux ans de prison. Il rentre dans son village, sous une pluie battante, dans les montagnes  d’Os Ancares, berceau de la famille du réalisateur. Il y retrouve sa mère, Benedicta (Benedicta Sánchez) une paysanne qui l’accueille, travaillant dans son potager et  lui dit simplement « As-tu faim ? ». Peu de mots entre eux, des taiseux, mais de l’amour. « Je suis bien contente que tu sois à la maison » lui confiera-t-elle.  La caméra nous fait  partager leur quotidien : chaussettes qu’on fait sécher sur le poêle, pain qu’on fait griller. Amador  emmène leurs trois vaches paitre, suivi par la chienne Luna, seule compagne de cet homme qui aime la solitude. Et que les villageois fuient, le  regardant comme celui qui détruit bien qu’Amador signifie « celui qui aime » comme le précise le cinéaste : « Amador, qui joue Amador, a été garde forestier. Aujourd’hui, il s’occupe des animaux malades de la forêt. » . L’hiver est rude en Galice dans ces montagnes et les gestes sont lents, les membres semblent engourdis par le froid sauf quand, il faut sortir une des vaches tombée dans un trou d’eau provoqué par une  pluie incessante. Amador y parvient grâce à Elena (Elena Fernandez)  une vétérinaire qui va tirer l’animal en l’accrochant à sa voiture tandis qu’il la pousse, dans l’eau jusqu’à la taille. . « Pas besoin de comprendre les paroles pour aimer la musique » lui dira-t-elle dans la voiture où ils écoutent Suzanne de Léonard Cohen, une séquence superbe où la caméra filme tour à tour leur visage, comme des paysages.La vie s’écoule. Et puis un jour, un incendie se déclare…

« Avec Viendra le feu, j’ai voulu faire un mélodrame sec, de larmes contenues. En termes d’écriture, j’ai voulu déployer une psychologie ténue, réduite à l’os : cette âpreté émotionnelle des personnages est raccord avec l’austérité des décors. Ce sont des émotions endiguées, qui finissent par éclater avec le feu » précise Oliver Laxe.

Chapeau bas !  Les images de ce film très sensoriel, métaphore d’un monde en train de disparaitre, vont nous hanter longtemps.

ANNIE GAVA
Novembre 2019

O que arde d’Oliver Laxe  a été présenté au Cinéma Le Prado lors de la 18e édition de CineHorizontes qui se tient du 14 au 22 Novembre 2019 à Marseille.

Photo : © Pyramide Distribution


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