Avec Un Été à Miradour, Florence Delay plonge dans une troublante nostalgie

Vestiges de MiradourLu par Zibeline

Avec Un Été à Miradour, Florence Delay plonge dans une troublante nostalgie - Zibeline

« Il n’était pas rare, le matin, dans le corridor du premier, d’entendre Serge Lama se plaindre qu’il ne rêve plus, qu’il ne fume plus, qu’il est sale et laid dès qu’elle n’est pas là, avant de hurler qu’il est malaDE, en accentuant le e muet, pire, com-plè-te-ment ma-la-DE, […] C’est que Marcel -le copain et confident de Charlie, héros du roman en cours- est un fan de chanson française. » Le roman auquel rêve Marianne -la narratrice, double romancé de l’auteure Florence Delay– ne ressemble qu’en partie à Un Été à Miradour. La petite chanson de ce charmant conte d’été est cependant familière : les lieux investis par les personnages, réels ou fantasmés, trimballent leur lot de souvenirs et d’images littéraires. Celui d’André Gide, passé un été dans cette résidence familiale landaise, et dont le père de Marianne écrit une biographie. Ou de Raymond Roussel, auquel Octave, le compagnon de Marianne, consacre un documentaire. Les personnages fictifs se mêlent ici à leurs objets de fascination : les voix s’entremêlent, les temporalités se mélangent. Sous ses atours de récit policé, nimbé de passé simple, d’intertextes et de langues châtiées, Un Été à Miradour se révèle plus retors et plus insolite que ne le laissent deviner ses premières pages. La demeure rêvée de Miradour n’est ici pas le fruit d’un héritage familial, mais bien celui de la rencontre : entre la noblesse qui aura cédé les lieux à une famille plus modeste, puis entre ses enfants réunis ici pour se plonger autant dans des promenades animées que dans des textes. Les souvenirs romancés se figent ici dans une troublante nostalgie.

SUZANNE CANESSA
Février 2021

Un Été à Miradour
Florence Delay
Éditions Gallimard, 12 €