Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Les Rencontres du Cinéma européen à Marseille et Gardanne: le plaisir du récit

Very good trip

Les Rencontres du Cinéma européen à Marseille et Gardanne: le plaisir du récit  - Zibeline

Vendredi 8 avril, aux Variétés, les Rencontres du cinéma européen, organisées par Cinépage, dédiées cette année au cinéma belge, tirent à leur fin, régalant leur public par un focus sur le réalisateur, scénariste, acteur, peintre, guitariste rock, et DJ à l’occasion : Philippe (dit Bouli) Lanners. Un homme qui s’impose derrière la caméra en conteur humaniste mêlant tragédie et cocasserie, ou devant, en ogre vulnérable, nounours bourru et tendre. Après la projection de deux de ses réalisations Eldorado (2008)) et Les Géants (2011), on a pu le voir en vieux rocker chenu et empâté dans le film des frères Malandrin au titre-phrase un peu énigmatique : Je suis mort mais j’ai des amis (2015). Peu connus en France, Guillaume et Stephane Malandrin, après leur thriller fantastique atypique Où est la main de l’homme sans tête, proposent ici une vraie comédie quasi musicale, un « very good trip » additionné de coke, shit, frites bien grasses, bières, gags, et dont on sort revigoré. Yvan (Bouli Lanners) Wim (Wim Willaert), Nicolas (Eddy Leduc) et JP (Jacky Lambert), des quinquas un peu défraîchis forment un groupe de rock : Le grand ours. Ils s’apprêtent à partir en tournée aux States quand JP, leur chanteur, a la mauvaise idée de tomber dans un trou et d’y mourir. Pas une raison pour renoncer à la tournée américaine ! D’ailleurs, le deuil, Yvan, il est contre. C’est « un outil du capitalisme », affirme-t-il. Dans ce monde merdique qui aime la musique merdique qui engraisse le frère de JP, surnommé Florent Pagny, on nous demande de « faire notre deuil » de tout ! Lui veut garder son chagrin et son copain. On trimballera donc les cendres du défunt, on les placera sous le micro avant de les disperser au dessus de L.A. S’en suit une équipée où s’adjoignent Pierre (Serge Riaboukine), un ancien du groupe, et Dany (Lyes Salem) l’amant caché de JP, beau militaire en élément exogène générateur de ressorts comiques. Une équipée où se révèlent les petites jalousies, les petites trahisons, les petites blessures et l’immense amitié qui soude ces gens-là. S’en suit aussi une Odyssée des cendres, volées, transvasées, séparées, saupoudrées, sniffées, ingurgitées, écoulées le long du chemin canadien par des Petits Poucets rêveurs. Un récit ponctué par l’intervention d’un Coryphée inuit rigolard qui sait bien, lui, que sur leur vol pour LA, est monté Pete Best, l’homme le plus malchanceux du monde, premier batteur des Beatles, remplacé par Ringo Starr, juste avant le succès du groupe et que rien ne va aller comme prévu. Il y a une revendication d’enfance, d’émerveillement, de liberté clownesque dans ce cinéma-là, et surtout un vrai plaisir à raconter, s’appuyant sur une mise en scène précise et inventive.

Élise Padovani
Mai 2017

Les Rencontres du Cinéma européen se sont déroulées du 4 au 11 avril à Marseille et Gardanne

Photographie : Je suis mort mais j’ai des amis © Versus production


Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com


Cinéma Les Variétés
37 rue Vincent Scotto
13001 Marseille
facebook.com/Cinemalesvarietes