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Du Verdi à l'Opéra de Marseille avec Simon Boccanegra

Verdi… atto primo !

Du Verdi à l'Opéra de Marseille avec Simon Boccanegra - Zibeline

À Marseille, la saison 2018-2019 est placée sous les auspices de Verdi : la direction de l’Opéra espère remplir sa jauge à la faveur du succès que possède l’Italien Place Reyer. Foin de la nouveauté avec La Traviata (en décembre) et Rigoletto (en juin) ! Toutefois, pour inaugurer la saison, on convoque un ouvrage moins représenté, mais possédant des atouts : un souffle orchestral romantique, un chant virtuose, large… Même revu par le talent littéraire de Boito, le livret de Simon Boccanegra est un peu son talon d’Achille. L’intrigue est alambiquée avec son prologue et un saut chronologique de vingt-cinq ans. Difficile de tout comprendre si l’on n’a pas « révisé » avant la représentation. D’autant que la mise en scène, signée par l’inépuisable Leo Nucci, n’affiche pas des panneaux brechtiens signalant le quart de siècle passé. Pour la plupart des chanteurs, rien n’indique qu’ils ont vieilli d’une génération… Ceci dit, la mise en scène du baryton a, pour le reste, le mérite d’être claire. C’est que Nucci connait son sujet : il a chanté le rôle-titre plus de deux-cent fois ! Si la scénographie est bien réalisée du point de vue esthétique, rien n’est neuf. Pas de lecture moderne : on joue au premier degré dans les salles fastueuses des palais génois, jardin, place, port… Ça sent la bonne production des années 1980, flirte avec le kitsch, et l’on sourit aux postures du ténor affublé de costumes et coiffes qui ne confinent pas vraiment à la dignité du personnage. Bon… fermons les yeux… Juan Jesús Rodriguez (Simon Boccanegra) est un baryton comme on les aime : noble, au timbre d’airain, au souffle inaltérable, sensible dans le jeu. À ses côtés Olesya Golovneva (Amelia), isolée dans cet opéra d’hommes, est solide, puissante, comme son alter-ego Riccardo Massi (Gabriele Adorno) qui gagnerait à gommer quelques ports de voix de mauvais goût. Dans son registre grave, Nicolas Courjal (Fiesco) est formidablement musicien. Les traîtres, Alexandre Duhamel (Paolo) et Cyril Rovery (Pietro), remplissent leur noir office, quand les ciments de l’ouvrage se trouvent dans la fosse et en fond de plateau : l’Orchestre et le Choeur de l’Opéra de Marseille emportent l’adhésion, dirigés avec métier par Paolo Arrivabeni, ou préparé en coulisse par Emmanuel Trenque (le pupitre des sopranos a rarement sonné aussi bien).  

JACQUES FRESCHEL
Octobre 2018

Simon Boccanegra a été représenté du 2 au 9 octobre à l’Opéra de Marseille

Photo : Simon Boccanegra -c- Christian Dresse

  


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