Vu par Zibeline

L'origine du monde prise dans une atmosphère délétère et effrayante, à hTh à Montpellier

Variations sur l’Enfer

L'origine du monde prise dans une atmosphère délétère et effrayante, à hTh à Montpellier - Zibeline

Annonce sonore : « Scène 1 : Et la lumière fût » Tout s’éteint. Noir total. Trois bonnes minutes. Quelqu’un toussote. C’est le début d’une cascade de toux rocailleuses de début d’automne, et surtout le prétexte pour évacuer la gêne qui s’installe. Puis la salle s’apaise. On attend. Sagement.

Deux phares blancs trouent l’obscurité. Une camionnette pénètre sur la scène. Le véhicule manœuvre, l’odeur de gasoil monte dans les rangs. On s’évente, on tousse cette fois pour de vrai. Sensation intense de claustrophobie.

Le monde ne s’est pas créé en un jour, c’est bien connu, la route sera longue. La lumière est bien là : les phares, et une image vidéo, projetée sur l’aile de la camionnette. Un homme tout en cuir, des clous, un masque qui lui colle à la peau, hurle des aigus distordus dans un micro. Voilà la vision biblique de Markus Öhrn et Pär Thörn, artistes suédois dont cette proposition largement iconoclaste est la première collaboration.

En 70 scènes, chacune jouée une unique fois, ils vont refondre les Cinq Livres de Moïse : un parcours déjanté dans le texte de l’Ancien Testament, qui commence dans l’habitacle de cette camionnette. To Walk the Infernal Fields ancre l’origine du monde dans une atmosphère délétère et effrayante.

Tout cela aurait bien mal commencé, n’augurant rien de bon pour la suite, pour nous, pauvres humains (spectateurs) du monde d’aujourd’hui. Impossible de ne pas penser à une chambre à gaz. L’odeur persiste. L’homme tape sur les parois. Il est filmé en direct depuis l’intérieur de la camionnette. Il sort, titube. Sifflements de fumigènes. Et le rideau tombe brusquement. La lourde fumée continue de monter au-dessus du public. C’est un nuage. Les éléments naturels semblent finalement bien cléments, comparés à la folie humaine qui éclot ici.

La création des animaux constitue la scène 2. Camionnette toujours. Elle sera l’élément récurrent des 70 scènes à venir. Des animaux en peluche. Des masques de gorille, zèbre et lapin. Fornication. Un vrai chien clouté hante le plateau. Musique noise. Décidément rien ne s’arrange en enfer. La suite sera à voir en décembre à hTh, puis dans d’autres lieux encore secrets, dans les points du globe ayant survécu à l’Apocalypse.

ANNA ZISMAN
Novembre 2016

To Walk the Infernal Fields scènes 1 à 7 a été joué du 5 au 7 octobre à hTh, Montpellier

Photo : © Marc Ginot


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