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Beethoven, invité d'honneur au Festival International de Musique de Chambre de Provence

Variations beethovéniennes

Beethoven, invité d'honneur au Festival International de Musique de Chambre de Provence - Zibeline

Optant pour la légèreté (dans sa présentation), le Festival International de Musique de Chambre de Provence déclinait cet après-midi-là une programmation consacrée à Beethoven, en enchaînant trois concerts, dont les titres invitaient aux variations potaches : Lili et Ludwig, Beethoven et enfin Van Beethoven. Entre les œuvres connues ou moins célèbres du maître de Bonn, émergent les figures d’autres grand musiciens : Lili Boulanger à la carrière tout aussi brillante qu’éphémère (fauchée par la maladie à 24 ans) et son Nocturne aux lignes en épure d’une élégante intensité, servi par la sobre virtuosité de Maja Avramovic (violon) et Éric Le Sage (piano) ; ou Robert Schumann qui se plut à citer le compositeur qu’il vénérait dans ses Études en forme de variations libres sur le thème de Beethoven WoO31, que le jeune pianiste Florent Noack interprète avec une intelligence et une virtuosité rafraîchissantes. Sa verve rejoignait celle du violoncelliste Aurélien Pascal au cœur des Sonates n° 3 en la majeur opus 69 et n° 4 en do majeur opus 102. La voix du violoncelle prend alors des accents humains tandis qu’elle dialogue avec vivacité avec un piano inspiré. Les thèmes se questionnent se répondent, tissent une trame irisée qui s’épanouit pleinement sous les voûtes de l’Abbaye de Sainte-Croix. Le piano Chris Maene aux cordes parallèles livre ici la beauté pailletée de ses harmoniques. Auparavant il avait sonné comme un orchestre sous les doigts d’Éric Le Sage dans la Sonate n° 8 opus 13, « Pathétique », retrouvant l’esprit du maître de Bonn qui jouait, dit-on cette pièce avec beaucoup d’humour, même si le caractère « pathétique » l’emporte à la fin. On retrouvait le pianiste aux côtés d’Emmanuel Pahud (flûte) dans la Sonate n° 8 en sol majeur opus 30 n°3 (composée au départ pour violon/piano) dédiée à Alexandre 1er de Russie. Volutes aériennes, phrasés déliés… que l’on retrouvait déjà dans le « divertissement » de la Sérénade en ré majeur opus 25 pour flûte, violon, alto (Joaquim Riquelme Garcia), aux accents fringants d’un art de vivre débordant d’enthousiasme. La feuille de salle s’attachait à évoquer des fragments de vie, resituait les pièces, en donnait la teneur, rendant intime l’approche des œuvres, et plus sensible encore la présence, quasi familière de leurs auteurs.

MARYVONNE COLOMBANI

Août 2019

Les concerts de 12h, 15h et 17h du 2 août ont été données à l’Abbaye de Sainte-Croix, Salon.

Photographie © Nicolas Tavernier