L'exposition Le surréalisme dans l’art américain, jusqu’au 26 septembre à Marseille

Variations américainesVu par Zibeline

• 15 juillet 2021⇒26 septembre 2021 •
L'exposition Le surréalisme dans l’art américain, jusqu’au 26 septembre à Marseille - Zibeline

Marseille et le Surréalisme, c’est une longue histoire depuis que la Villa Air-Bel abrita en 1940-1941 nombres d’artistes et intellectuels fuyant l’Europe nazie. La Vieille Charité célèbre ce couple fécond.

Les musées lui consacrèrent deux expositions-phare (La Planète affolée, Surréalisme, dispersion et influences 1938-1947 en 1986 et Jacques Hérold et le Surréalisme, 1910-1987 en 2010) à laquelle il faut désormais ajouter Le surréalisme dans l’art américain coproduite par la RMN-Grand Palais.

L’exposition du Centre de la Vieille Charité, ambitieuse et passionnante, démontre comment les productions des grandes figures du surréalisme européen ont inséminé la création américaine de ses concepts formels, puis comment celle-ci s’en est progressivement détachée pour inventer son propre vocabulaire et amorcer les célèbres courants du pop art, du minimalisme, de la vidéo, etc. Le parcours organisé en sept périodes de 1940 à 1970 favorise un dialogue permanent entre les pièces américaines et européennes, soulignant à la fois leurs emprunts et leurs singularités autour de « motifs » récurrents : le paysage mental cher aux surréalistes, l’idée du trouble, de l’inquiétude et de la menace, le rapport au corps représenté cassé ou coupé, le biomorphisme, l’humour et la dérision, la figure de l’oiseau, le photomontage et le collage… Il invite à porter un regard nouveau sur le mouvement surréaliste, ses liens avec les artistes outre-Atlantique, leurs évolutions stylistiques respectives fruits de leurs frottements ténus. En témoigne, entre autres exemples éloquents, Le portrait de Dorothy Spreckels Munn peint en 1942 par Salvador Dali, très connu aux USA dès 1934, et l’huile sur toile de Kay Sage, Étourneaux, caravanes de 1948, la Boite en valise de Marcel Duchamp de 1936 et la Boite à musique de Robert Rauschenberg de 1955, ou encore la Boite positif-négatif de Robert Morris de 1961 dans une veine ultra minimaliste. L’émancipation américaine passe par l’affirmation de l’abstraction, l’élaboration d’un langage de plus en plus autonome mais pas sans lien avec les œuvres fondatrices : les dessins délicats d’Arshile Gorky relisent les œuvres surréalistes de l’époque marseillaise, les sculptures de Louise Bourgeois évoquent les biomorphismes d’Yves Tanguy. Des œuvres totalement inattendues et méconnues de Pollock et de Rothko annoncent un basculement de l’art, l’instauration d’une nouvelle « tradition », qui pose la question de la rémanence du surréalisme dans les œuvres de 1955-65 spécifiquement américaines. La grammaire originelle est réutilisée dans une forme malaxée, réinventée, plus politique aussi avec John Wesley (Georges Washington et trois Indiens) et Kenneth Anger (le film Scorpion ascendant). Voire psychédélique avec les affiches de concerts organisés à San Francisco ou expressionniste avec le cinéma underground, influencé par Cocteau et Buñuel, dont quelques extraits émaillent parfaitement le propos.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2021

Le surréalisme dans l’art américain
jusqu’au 26 septembre
Centre de la Vieille Charité, Marseille

musees.marseille.fr



Et aussi :

Prémices à la réouverture du MAC le 25 novembre, l’installation de Paola Pivi investit la chapelle avec un projet expérimental inédit dans sa production artistique. Un labyrinthe de 25 000 images circulant sur Internet épouse les espaces, conduisant le public à s’immerger dans un panorama visuel de blagues réalisées depuis le début de la pandémie : une manière « de s’approprier un instant T de la production culturelle mondiale » en procédant par analogies entre réconfort spirituel, art et humour. M.G-G.

25,000 Covid Jokes (It’s not a Joke)
jusqu’au 12 septembre

Photo : Yves Tanguy, Les Cinq Étrangers, 1941, huile sur toile. Hartford (Ct), Wadsworth Atheneum Museum of Art © Adagp, Paris, 2021 © Allen Phillips\Wadsworth Atheneum

La Vieille Charité
2 Rue de la Charité
13002 Marseille
04 91 14 58 80
http://vieille-charite-marseille.org/