Les Suds en hiver : version hivernale du festival de musiques du monde

Variation japonaise et immersion flamencaVu par Zibeline

Les Suds en hiver : version hivernale du festival de musiques du monde - Zibeline

Après Boulbon et avant Fontvieille, les Suds en hiver font étape à Saint-Pierre-de-Mézoargues. La version hivernale du festival de musiques du monde offre l’occasion d’un parcours à travers le patrimoine du pays d’Arles. Dans ce village de Provence hors des itinéraires de tourisme de masse, église, mairie et école sont contigus, donnant l’impression d’être un seul et même édifice. C’est d’ailleurs devant l’autel que Mieko Miyazaki et Suizan Lagrost présentent Kyoku. Un enchaînement de pièces du répertoire traditionnel du Japon des 17e au 20e siècles. Là-bas, « on appelle musique classique ce qui date d’avant la guerre », précise Miyazaki, spécialiste reconnue internationalement du koto, une cithare japonaise à 13 cordes dont la fragilité de la soie a été remplacée par la robustesse du plastique. Tout comme les grattoirs, que la musicienne porte comme des faux-ongles inversés, ne doivent plus être en ivoire. En déplaçant continuellement les chevalets le long du manche, elle donne à entendre l’incroyable variation mélodique que permet son instrument. Son acolyte s’illustre avec tout autant d’élégance et de virtuosité au shakuhachi, une flûte en bambou aux dimensions très réglementées. Lui aussi démontre l’immense étendue des possibles de la gamme malgré seulement cinq trous.

Les Suds invitent alors à poursuivre la soirée dans leur fief arlésien pour la projection du film Impulso. Ce documentaire passionnant sorti en 2018 raconte le processus de création d’un des derniers spectacles de la danseuse de flamenco Rocio Molina. Écriture chorégraphique qui prend appui sur des expériences d’improvisation, réflexion sur l’émancipation des codes par une approche contemporaine de son art, exploration du langage du corps et de la notion du féminin, le réalisateur Emilio Belmonte décortique le cheminement de la pensée et de l’expression de celle qui est devenue un phénomène de la danse bien au-delà du champ flamenco.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2019

Concert donné le 5 mars en l’église Saint-Pierre de Saint-Pierre-de-Mézoargues, dans le cadre du festival Les Suds en hiver.

Photo : Mieko Miyazaki et Suizan Lagrost © Kramer Oneill