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Varda par Agnès, un film documentaire où Varda raconte son cinéma

Varda par Agnès, « Un film comme une conférence »

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Varda raconte son cinéma dans son dernier film, qu’elle a présenté à la Berlinale

« Je devrais arrêter de parler de moi, et voilà, je dois me préparer à dire au revoir, à partir » a déclaré Agnès Varda au festival de Berlin qui l’a honorée de la Berlinale Kamera et a présenté son dernier opus, Varda par Agnès, remarquable et jubilatoire leçon de CINEMA.

Conçu en deux parties, assemblant des fragments de master class données au Festival Premiers plans d’Angers, à la fondation Cartier ou devant des étudiants en cinéma, des extraits de films et des entretiens,  il nous permet de (re)visiter toute l’œuvre de cette cinéaste, photographe et artiste visuelle.

La cinéaste

Tour à tour, Agnès Varda évoque ses sources d’inspiration, son oncle et peintre Jean Varda pour Oncle Yanco, ses voisins, la majorité silencieuse pour Daguerréotypes, les minorités pour Black Panthers, les combats féministes qu’elle traite en chansons dans L’une chante et l’autre pas. Elle explique ses choix précis de mise en scène dans Sans toit ni loi, comme les 13 travellings d’une minute quand Mona (Sandrine Bonnaire, 17 ans,) marche sur la route. Assise sur des rails de travelling, elle invite l’actrice à la rejoindre et le temps, tout à coup, semble se concentrer quand, ensemble, elles évoquent leurs souvenirs de tournage. C’est Nurith Aviv qui la rejoint pour évoquer ses choix de plans documentaires et de voix off dans Documenteur, ainsi que ses acteurs : Sabine Mamou, la monteuse de Murs Murs interprète Emilie, une Française exilée à Los Angeles et Mathieu Demy joue son fils. Elle explique ses choix de couleurs éclatantes, y compris pour les fondus dans Le Bonheur, et l’alternance couleurs, noir et blanc dans Jacquot de Nantes, une expérience très particulière puisqu’elle filmait avec Demy en train de mourir. De La Pointe courte, qu’elle a tourné à Sète en 1954 sans avoir fait d’école de cinéma à Jane B par Agnès V, elle assume de changer les règles : que ce soit le son toujours au premier plan ou le regard caméra. Elle jubile en racontant que, pour le centenaire du cinéma, elle a rassemblé plein d’acteurs, Delon, Deneuve, Depardieu, Belmondo, et avait 40 techniciens. Elle choisit de nous montrer la séquence où Deneuve et De Niro sont dans un bateau et où De Niro tombe à l’eau…comme Les Cent et une nuits auprès du public.

La Photographe et l’artiste visuelle

« J’ai été photographe dans ma première vie », nous dit-elle, montrant ses photos de théâtre, d’artistes, mais aussi de ses voisins, de passants. L’arrivée des caméras numériques change son rapport au cinéma. Sa petite caméra ne fait pas peur, ainsi peut-elle approcher des personnes précaires, et des patates en forme de cœur. Naissent Les glaneurs et la glaneuse et aussi Patatutopia pour l’exposition Utopia Station présentée dans le cadre de la 50e Biennale d’art contemporain de Venise. Pour elle, c’est l’entrée dans le monde des artistes visuels ; suivent Le Triptyque de Noirmoutier et Les Veuves de Noirmoutier dont elle nous montre l’installation, ses 14 veuves et ses 14 chaises pour changer sa relation au public. Le MoMA et la Fondation Cartier, avec l’exposition L’Île et Elle. Ses plages, aussi, qu’elle a toujours aimées, et reconstituées, en bloquant la rue Daguerre deux jours, Agnès de ci de là Varda, déambulation à travers la création, les dispositifs et les installations qu’elle invente, ses Cabanes, le tombeau coloré de Zouzou, son chat adoré, qui plait vraiment aux enfants, et enfin sa rencontre avec JR et son film de rencontres, Visages Villages.

Elle parle bien, Madame Agnès Varda, elle aime les gens, les approche avec intelligence et bienveillance et on l’écouterait encore longtemps ! On sort de ce film rempli d’images, de couleurs et d’énergie. La magie du cinéma !

ANNIE GAVA
Mars 2019

Varda par Agnès sera diffusé sur ARTE le 18 mars à 22h40 dans le cadre d’une soirée hommage à Agnès Varda.

Photo : © Ciné Tamaris