Jacques ne supporte pas que sa mère aie peur de lui faire peur. Magnifique « Et puis le roulis »

Vague à l’âmeVu par Zibeline

Jacques ne supporte pas que sa mère aie peur de lui faire peur. Magnifique « Et puis le roulis » - Zibeline

C’est à une vision rare qu’on a assisté au Domaine d’O : une symbiose totalement réussie entre jeu d’acteur, vidéo, création musicale en direct, et, pour tenir tout cela ensemble, un texte d’une force telle, d’un style si radical, que parfois on était tenté de fermer les yeux pour ne faire que l’écouter. Et puis le roulis est le fruit d’une rencontre entre deux cinéastes (Lola Cambourieu et Yann Berlier), et l’auteure Milène Tournier. Le texte a immédiatement conquis les fondateurs de Realviscéralisme, et le voilà sur scène, incarné par un Paul-Frédéric Manolis habité, encadré par trois écrans qui peignent les mots étouffés et enfin prononcés du fils, de la mère, du père de cette histoire de famille tellement banale et effrayante. Encore un nom à citer, avant de plonger dans la vague des souvenirs qui remontent avec la marée : Hugo Rossi, auteur de la puissante musique live, planante, entêtante, sans jamais prendre le dessus (quel dessus, quand tout est si symbiotique ?) et du traitement des vidéos familiales de l’écrivaine, totalement sublimées. Le premier mot de ce voyage dans les non-dits : Maman.

D’abord l’enfant. À la boulangerie, il pose une question d’enfant. Va-t-il mourir, lui aussi, un jour ? « Non, Jacques, tu ne mourras pas. Jamais ». Le garçon, qui prêchait le faux pour savoir le vrai, n’est pas satisfait de la réponse. Elle fait de lui un monstre, un pas comme les autres. Une tête d’enfant multipliée sur les trois écrans mue en fœtus, en tête de mort, une échographie qui aurait dérapé. Une vie en accéléré. Jacques ne supporte pas que sa mère aie peur de lui faire peur. Jacques a d’autant plus peur. Les « faces de grands » le tétanisent. Son extra lucidité l’emporte de plus en plus vers un monde solitaire, où il « entend des phrases dans [sa] tête à tourner comme des mouettes ». La mère (au foyer) souffre du « silence qui fait la taille de toute la maison ». Le père, celui qui n’est pas là, toujours sur les routes à faire des livraisons absurdes, est bouffé par sa révolte muette. Autour du comédien, les extraordinaires images emportent ce drame domestique d’aujourd’hui dans le roulis de nos terreurs familiales.

ANNA ZISMAN
Décembre 2021

Et puis le roulis a été créé au Domaine d’O à Montpellier, les 25 & 26 novembre

Photo : Et puis le roulis © Lola Cambourieu et Yann Berlier

Domaine d’O
178 rue de la Carriérasse
34090 Montpellier
0800 200 165
domainedo.fr