Vu par Zibeline

Retour sur les Correspondances de Manosque 2016

Vagabondages manosquins

Retour sur les Correspondances de Manosque 2016 - Zibeline

Impossible de rendre compte de tout ce qu’il se passe à Manosque durant les Correspondances. Il faut y aller au feeling en goûtant la douceur de la fin de l’été…

On pouvait écouter Florence Seyvos dialoguer avec Elitza Gueorguieva autour du monde de l’enfance. La première, dont on se souvient du dernier roman Le garçon incassable, met en scène cette fois un frère et sa sœur qui cherchent à se libérer du carcan familial et retrouvent des souvenirs de leur mère autoritaire et violente. C’est un tableau qui représente Ariane et le Minotaure mort, retrouvé dans une brocante, qui cristallise le souvenir. Chez Elitza Gueorguieva, une jeune bulgare voit ses rêves communistes s’effondrer en même temps que s’écroule un monument érigé en l’honneur de Gagarine ; les Mac Do poussent sur les ruines et l’idéal idéologique inculqué dès l’enfance est bien loin !

De son côté François Bégaudeau s’intéresse aux années 90 à travers un fait divers. Une infirmière psychiatrique a été sauvagement assassinée. Ce n’est pas le crime, ni son mobile, qui l’intriguent, mais plutôt les bouleversements qu’il entraîne. Comment survit-on à la disparition de ceux que nous aimons ? Comment s’introduit le tragique dans nos vies ? L’occasion de camper des individus qui l’« amusent tendrement » avec leurs tics de langage, leur façon d’occuper l’espace et celle aussi d’interroger avec humour un monde dont les orientations politiques déconcertent.

Réunis parce que Serge Joncourt a été l’un des premiers lecteurs du premier roman de Guy Boley, les deux auteurs ont dû répondre à une question pas si simple : à quoi reconnaît-on un bon livre ? L’un dit qu’il faut « avoir envie de poursuivre la lecture », l’autre qu’il faut « tourner les pages volontiers ». Quand il écrit, Serge Joncourt sent toujours au-dessus de lui « le regard d’un lecteur »… Quel est le regard du lecteur durant la lecture du dernier Céline Minard ? Comment juge-t-il cette femme qui quitte tout pour vivre à 3400 mètres d’altitude, au milieu des animaux sauvages et du silence, pas « dans un tonneau pourri comme Diogène », mais dans une cellule high-tech chic ! Il est terriblement intrigué le lecteur, il se demande comment l’auteure a pu concevoir une expérience aussi originale et déconcertante, et comment elle a pu passer du propos de l’inénarrable western de Faillir être flingué à celui si radicalement différent d’une solitude glacée et d’une improbable rencontre ? Les sentiers empruntés par la création sont décidément bien étranges. Lionel Duroy, lui, retrouve son passé douloureux à la lumière d’une expérience d’adulte, celle de la perte et de la peur. Avec lui on plonge dans les émotions anciennes pour comprendre le présent. On ne se lasse pas. Laissons-lui la place pour les derniers mots : « L’écriture c’est comme le vélo, si on ne pédale pas on tombe. » Pédalons donc avec les écrivains !

CHRIS BOURGUE
Novembre 2016

La Sainte Famille – Florence Seyvos L’olivier – 17,50€
Les cosmonautes ne font que passer Elitza Gueorguieva – Verticales – 16,50€
Molécules François Bégaudeau – Verticales – 19,50€
Repose-toi sur moi – Serge Joncourt – Flammarion – 21€
Fils du feu Guy Boley – Grasset – 16,50€
Le grand jeu Céline Minard – Rivages – 18€
L’absente Lionel Duroy – Julliard – 20€