Vu par Zibeline

La Villa Datris mêle architecture et sculpture jusqu'au 1er novembre à L’Isle-sur-la-Sorgue

Une Villa pour l’archi-sculpture

• 14 mai 2015⇒1 novembre 2015 •
La Villa Datris mêle architecture et sculpture jusqu'au 1er novembre à L’Isle-sur-la-Sorgue - Zibeline

À L’Isle-sur-la-Sorgue, la Villa Datris explore les relations ténues entre architecture et sculpture en conviant 100 artistes européens et américains. Des sculpteurs qui travaillent dans un esprit architectural et inversement.

«Chaque exposition est une expédition», confie Danièle Kapel-Marcovici. Celle-ci plus qu’une autre puisqu’elle est dédiée à son compagnon disparu en 2013, Tristan Fourtine, architecte et co-fondateur de la Villa Datris. D’où la nécessité, peut-être, d’avoir à ses côtés les commissaires Laurent Baude et Henri-François Dumont, la scénographe Laure Dezeuze, pour dépasser l’affect… Du sol au plafond, de la cave au grenier nouvellement aménagé, jusque dans le jardin bordant la Sorgue, chaque centimètre carré est occupé par les 95 sculptures, 25 maquettes, 19 œuvres monumentales, 4 vidéos et 10 installations in situ. Notamment l’ascenseur extérieur de Daniel Buren, Élévation colorée, que la maîtresse des lieux n’imagine pas, même dans ses rêves les plus fous, pouvoir conserver dans sa propriété ! Dommage car il est du plus bel effet, contrastant par ses lignes géométriques avec le style provençal de la demeure du XIXe siècle. Qu’importe, il donne le ton à une exposition «monumentale» qui cherche avant tout à mettre en regard les œuvres, à explorer les matières, à faire dialoguer plusieurs générations d’artistes. Figure tutélaire de l’architecture et chef de file du Groupe Espace, André Bloc inaugure le parcours avec ses Sculptures habitacles de 1961-62. Une pensée d’avant-garde partagée par Sonia Delaunay, Nicolas Schöffer, Le Corbu, et dont Claude Parent sera l’héritier. La visite se poursuit selon un découpage thématique : la séquence «Dans la masse» avec Dubuffet, Chillida et Antti Lovag se lit à livre ouvert tandis que «Vues de l’esprit» et «L’appel de l’infini» ne sont pas très explicites. Monde futuriste avec les architectures prospectives de Jean-Charles Pigeau ou Etienne-Martin pour la première séquence, esprit zen avec les œuvres numériques ou cinétiques de Betty Bui et Jacqueline Dauriac pour la seconde. Faisant fi des titres de chapitre, on scrute les formes libres et évolutives de Laurent Baude, la tour de Babel en bâtons de mikado de Shigaru Ban, les îles suspendues de La Fratrie ; on reste estomaqué par l’installation mobile de Manuel Merida qui habille un pan entier de mur et ses trois ouvertures… Et l’on s’interroge : qu’y a-t-il de commun entre le Cement Truck de Wim Delvoye et la série nomades de Ralph Bernabei & Carlos Abrecht, entre les Méta-Cités de Miguel Chevalier et l’anti-sculpture de Jean Dewasne ? Réponses dans l’exposition qui télescope les époques, les histoires, les concepts, les techniques, les cultures et révèle les langages propres à l’architecture et à la sculpture, leurs singularités, leurs points de convergence et de divergence. Entre visions idéalistes et préoccupations sociales, évocations du passé et invention du futur.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2015

jusqu’au 1er novembre
Fondation Villa Datris pour la sculpture contemporaine, L’Isle-sur-la-Sorgue
04 90 95 23 70
www.villadatris.com

Photo : Usuyuki, Chantier III, Manuel Merida, installation in situ Villa Datris, 2015 © MGG/Zibeline