«La femme de la photo», récit composé d'après un texte d'Annie Ernaux, a été présenté au Théâtre Jean Vilar

Une vie de mots passantsVu par Zibeline

«La femme de la photo», récit composé d'après un texte d'Annie Ernaux, a été présenté au Théâtre Jean Vilar - Zibeline

Les images : « Elles s’évanouissent toutes ». C’est sur ce constat bien plus lucide que nostalgique que démarre La femme de la photo. Annie Ernaux pour les mots, qui met « en forme par l’écriture son absence future », et Camille Daloz à la mise en scène d’un récit qu’il a composé d’après Les années, publication parmi les plus emblématiques de l’écrivaine. Pour incarner ce corps, cette voix, qui se reconnaissent à travers des clichés pris au fil des décennies, quatre comédiens : une femme et trois hommes, ce qui d’emblée marque la volonté de brouiller une représentation unique, et d’inviter chacun, âge et genre confondu, à s’inscrire dans une polyphonie qui difracte les identités. Le temps se déroule chronologiquement, il suit les souvenirs qu’Annie Ernaux relate avec tant d’acuité dans son livre, mais ce choral s’échappe du calendrier pour venir nous percuter. Emmanuelle Bertrand, de façon très fluide, est un corps qui se transforme, elle est une petite fille un peu mutine, puis les habits et les postures la parent des attributs d’une femme, d’une mère, d’une amante. Et tout cela est partagé avec les trois présences masculines, qui se souviennent pareillement de leur première expérience sexuelle, de leur avortement, des secrets de filles, de la litanie des courses au supermarché. Tantôt partenaires, tantôt « personnage principal », les trois comédiens jonglent sans mimique et tout à fait naturellement entre les identités. Bastien Molines est solaire et sensuel, Alexandre Cafarelli incarne la réflexion politique et sociale de l’auteure, Jérémy Cateland endosse avec appétit le personnage du mari. La scénographie d’Emmanuelle Debeusscher accompagne le temps qui passe (des années 50 à 2000) avec des écrans que les comédiens manipulent, tantôt photos, tantôt archives, pubs ou émissions télé. Les images, toujours elles, se bousculent sans jamais être strictement illustratives (très beau travail de Laurent Rojol) et l’hypnotique univers sonore joué en direct par Allister Sinclair traversent allègrement le temps.

ANNA ZISMAN
Novembre 2020

La femme de la photo a été vu lors de la « générale » destinée aux professionnels, le 3 novembre au Théâtre Jean Vilar de Montpellier, où devait être présentée la première de cette création. Dates ultérieures à suivre.

Photo : © Marc Ginot

Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr