Vu par Zibeline

La Belle Hélène subjugue l'Odéon

Une très Belle Hélène à l’Odéon !

La Belle Hélène subjugue l'Odéon - Zibeline

Jacques Offenbach symbolise la gaieté parisienne par sa verve, son humour, sa joie de vivre. Ses opéras-bouffes mêlent chant, danse, passages parlés. À travers ses parodies de la mythologie, il nous offre aussi, une satire de la bourgeoisie et de l’aristocratie du Second Empire, dont la morale est ici épinglée ! Une musique certes légère mais qui n’exclut pas la qualité. Livret croustillant de Meilhac et Halévy, La Belle Hélène est le chef d’œuvre d’Offenbach. Bernard Pisani, metteur en scène,  impulse une vie à chaque tableau, chaque scène ; le mouvement est permanent, les entrées, sorties, efficaces, la salle prolonge la scène plusieurs fois. L’Homme à la pomme, automates désarticulés, le jeu de l’oie aux immenses dés, l’invitation de Ménélas à partir pour la Crète : chenille avec tous les rois grecs en file…indienne ! Le public chavire. On retrouve la patte du chorégraphe Pisani. Décor unique, très esthétique, (Eric Chevalier), statue de Vénus très authentique pour « la toilette extraordinaire », tons gris, bleutés, et vapeurs adéquates. Les costumes de Frédéric Pineau (Opéra-Théâtre de Saint-Etienne) sont colorés, chatoyants, sans exagération anachronique gratuite, (incroyable scène au bord de mer avec des chapeaux de paille improbables et des coquilles Saint Jacques en guise de soutien-gorge !). Les jeux de mots fusent, marque des opéras-bouffes, réactualisés toujours: la charade qui aboutit sur AIRBUS A 380 est du plus bel effet ! Grand Augure, j’aurais aimé faire du shoping dans les rues de Mytilène…j’arrivais au port et je vis ce …porc de Ménélas. La jolie colombe (jouée par une danseuse) qui porte la lettre, fait dire à Calchas : Quelle rapidité, c’est plus vite que POST-CHRONOS !

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La distribution est de belle tenue. Bien sûr, l’élégante Laurence Janot, jambes de feu, danseuse, chanteuse, irradie de sa présence, incarnant une pulpeuse Hélène, solide vocalement, allure digne ou coquine. Son air : « Dis-moi Vénus » est un moment fort, supplique amusée d’une Reine, autoproclamée plus belle femme du monde: « On me nomme Hélène la blonde !  On dirait une phrase de collégienne ! Janot cabotine, toute sa carrière est là, en un instant. Carole Clin est une touchante servante. Chez les hommes, on retient la fougue de Kévin Amiel, le berger Pâris, l’amoureux désigné par Vénus ! D’éclatants si bémols (« Evohé ») viennent ponctuer les couplets de son superbe air : Au Mont Ida. Philippe Ermelier campe un truculent Agamemnon, aussi à l’aise vocalement que scéniquement, très belle voix. Michel Vaissière, l’augure vénal, est un Calchas imposant, solide : quelle présence ! Les interventions du bouillant Achille Jean-Marie Delpas sont  remarquables, bougon et très à l’aise vocalement. Oreste, jeune prince insouciant, est le jeune Samy Camps, il danse, joue, lance des aigus ensoleillés. Dominique Desmons (Ménélas), truculent, par ses mimiques exagérées de l’époux trompé : A moi, à moi ! à son retour de Crète, semble être le sosie de Louis de Funès dans L’Avare: ma cassette, ma cassette !. Très présent aussi. Jacques Lemaire (Ajax I), Yvan Rebeyrol (Ajax II) apportent une verve comique essentielle. Emmanuel Trenque, direction musicale, donne une belle impulsion, une énergie sans failles dans les passages comiques, le ternaire est roi dans les interludes instrumentaux, mais il sait aussi doser, dans les passages plus mélancoliques, très beau duo Hélène-, mezza voce : « C’est le ciel qui m’envoie…oui c’est un rêve ». L’Orchestre du Théâtre de l’Odéon, fait entendre les belles palettes de chaque pupitre. Le Chœur Phocéen (dir. Rémy Littolff) semble s’amuser et les voix sont de qualité: bel investissement, bel équilibre: très beau choral féminin en l’honneur d’Adonis. Ensemble puissant avant le fameux couplet des Rois, défilant pour étaler leurs atouts. Les danseuses et danseurs apportent une belle touche artistique supplémentaire, ainsi que les petits rôles, complétant merveilleusement chaque scène. On trisse le dernier choeur : je suis gai, soyez gais, il le faut, je le veux ! Le public est debout ! Maurice Xiberras peut s’enorgueillir de diriger une seconde scène de cette qualité, en dehors de l’opéra Municipal.

YVES BERGÉ
Octobre 2016

La Belle Hélène
Théâtre de l’Odéon, Marseille

Les 15 et 16 octobre 2016

Photos © Christian Dresse


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