Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Ces jours qui disparaissent de Timothé le Boucher aux éditions Glénat

Une semaine sur deux

Ces jours qui disparaissent de Timothé le Boucher aux éditions Glénat - Zibeline

Poignante histoire que celle de Lupin, un jeune homme qui se fait littéralement rapter sa vie par une facétie du sort. Un beau jour, le jeune homme constate qu’un alter ego prend les rênes de sa vie un jour sur deux, le laissant amnésique à chaque réveil. Ces jours qui disparaissent, ce sont donc les siens, grignotés au quotidien par cet avatar intrusif qui prend de plus en plus de place. Sur une trame de SF, l’histoire laisse une large part à la psychologie des personnages.

Entre phénomène paranormal ou trouble de la personnalité, Timothé le Boucher ne tranche pas. Il opte plutôt pour la symbolique des situations engendrées : la personnalité du battant qui écrase celle de l’acrobate rêveur, pas assez rentable pour la société ; le degré de résistance des différents liens, familiaux, amoureux, amicaux… Le moteur premier du jeune auteur de BD, c’est de raconter des histoires.

En ce sens, il est bien un enfant du manga, qui aime à délier une narration des tomes durant, en s’attardant sur la psyché et l’évolution des protagonistes, dans des univers d’aventures (shônen) ou baignés d’eau de rose (shôjo). Les adolescents ne s’y sont pas trompés, et c’est d’ailleurs à eux que s’adressaient les deux premiers ouvrages de l’auteur (Skins party chez Manolosanctis en 2011 ; Les vestiaires chez La Boîte à Bulles en 2014).

Avec Ces jours qui disparaissent, ce fan d’Hitchcock complexifie son intrigue, affirme un don pour les ressorts scénaristiques, en bref, franchit un cap dans la maturité, malgré un trait toujours un peu simpliste. Mais que les lecteurs rétifs à son graphisme – entre ligne claire et manga shônen – ne se laissent pas décourager. De son propre aveu, Le Boucher aime dessiner vite pour aller à l’essentiel, et camper des « éléments iconiques » permettant d’identifier les personnages, tout en fuyant les stéréotypes. Or l’essentiel ici, c’est bien l’observation de ce moment charnière de l’entrée dans la vie adulte. La délicatesse dans l’analyse et la maîtrise du rythme permettent de dévorer l’épais ouvrage d’une traite : 192 pages baignées d’une terrible mélancolie, à l’aune du récit d’une vie qui a filé… deux fois trop vite.

JULIE BORDENAVE
Janvier 2019

Ces jours qui disparaissent
Timothé le Boucher
Glénat 1000 Feuilles, 22,50 €