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"La chute du Monstre, Marseille année zéro" par Philippe Pujol, aux éditions du Seuil

Une république de chiapacans

• 22 novembre 2019 •

Au XIXe siècle, les chiapacans à Marseille étaient les attrapeurs de chiens (en italien « acchiapacani »), « la ville étant parcourue de chiens errants dont certains pouvaient avoir la rage, seuls des immigrés italiens sans grandes compétences […] se chargeaient de capturer les bêtes ». Aujourd’hui le terme désigne en marseillais « des incapables de peu de scrupule ». Philippe Pujol fait de cette « vassalisation des incompétents » l’un des piliers du système Gaudin. Trois ans après La fabrique du Monstre, ouvrage dans lequel il attaquait déjà le « peuchérisme » du maire et le clientélisme qui gangrène la ville, le journaliste revient avec un réquisitoire implacable contre le système politique marseillais. À l’heure où le vieux maire s’apprête à céder (enfin) sa place, un an après les effondrements de la rue d’Aubagne, La chute du Monstre (sous-titré Marseille année zéro) pointe les ratés d’une politique fondée sur le cynisme et les intérêts privés. Gestion de l’eau, transports, immobilier, écoles publiques, voirie, grands travaux, églises, mosquées… Pujol a enquêté partout et partout ce ne sont que falsifications, arrangements, malversations électorales. Qui conduisent à l’enrichissement de quelques-uns (toujours les mêmes) et à la relégation de beaucoup d’autres. Misère et inégalités croissantes : un bilan accablant, que les élus réfutent avec une inconséquence inacceptable. C’est d’ailleurs ce « déni provocateur » qui l’a poussé à écrire. Que des élus osent publier sur les réseaux sociaux des images de la « très belle soirée autour du chocolat » passée à côté des décombres de la rue d’Aubagne, que Gaudin en appelle à la pluie pour se dédouaner du désastre, c’est tout simplement inadmissible. Ton nerveux, langue orale –Pujol reproduit souvent les paroles des personnes interrogées-, le texte, nourri de chiffres et d’exemples précis, semble écrit dans l’urgence. Urgence à changer ce système pourri, à sortir de ces « trente ans d’inaction qu’on paie aujourd’hui ». Car Philippe Pujol aime sa ville, son énergie, sa mixité qui résiste. À quelques mois des élections municipales, il ne voudrait pas la voir tomber aux mains de ceux qu’il nomme les « bébés Gaudin », à la tête desquels caracole Martine Vassal, une de ses cibles principales.

FRED ROBERT
Novembre 2019

La chute du Monstre, Marseille année zéro
Philippe Pujol
éditions du Seuil, 19 euros

Philippe Pujol est l’invité de la librairie Maupetit le 22 novembre à 18 heures. Lire ici notre entretien avec l’auteur.


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