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Vu par Zibeline

Etre écrivain aujourd’hui en Algérie, question posée à la Bibliothèque départementale

Une première à la BDP

• 6 décembre 2014 •
Etre écrivain aujourd’hui en Algérie, question posée à la Bibliothèque départementale - Zibeline

Samedi 6 décembre, la Bibliothèque départementale, en partenariat avec le Conseil Général des Bouches-du-Rhône, a accueilli la première édition de Lire les méditerranées. Une première rencontre autour de la littérature d’expression française produite en Algérie, organisée par Approches Cultures et territoires (ACT), l’Association des Pieds Noirs Progressistes et leurs Amis (APNPA), le théâtre de Lenche et la librairie Transit. Cette journée consacrée à une source originale de la littérature francophone contemporaine, trop souvent méconnue en France, a dès le matin été un succès. Malgré le froid, malgré la pluie, ils sont venus nombreux remplir l’auditorium de la BDP pour assister aux tables rondes qui se sont déroulées toute la journée, autour de l’édition et de la diffusion d’abord, puis autour de la littérature et de l’histoire. Il est bon que cette première édition ait rencontré l’adhésion du public car, de fait, les écrits d’expression française semblent peiner à élargir leur lectorat en Algérie. Problèmes d’édition ? Difficultés de diffusion surtout, comme cela a été rappelé tout au long des discussions.

La première table ronde de l’après-midi a réuni trois romanciers, Leïla Hamoutene, Hajar Bali et Slimane Ait Sidhoum, autour du thème être écrivain aujourd’hui en Algérie. Vaste question, à laquelle il était sans doute impossible de répondre en une heure trente. Ils ont tout de même tenté de relever le défi. Pour Leïla Hamoutene, être une écrivaine algérienne signifie transmettre. Transmettre le mal-être qui la mène à l’écriture, à travers des «personnages qui viennent relayer [s]a souffrance et celle de ceux qui [l]’entourent.» Tous écrivent pour dire la société algérienne contemporaine, ses traumatismes, dans la douleur (Leïla Hamoutène) ou l’autodérision (Slimane Ait Sidhoum) ; pour «savoir ce qui peut faire basculer un humain dans la violence et la barbarie» et aussi pour «mettre en lumière ceux qu’on ne voit pas» (Hajar Bali). Laquelle Hajar Bali se dit, elle, avant tout écrivaine, et pas écrivaine algérienne. L’association de ces deux mots ressemble trop, selon elle, à une injonction. Quant à Slimane Ait Sidhoum, il rappelle qu’un écrivain se doit d’être universel, de «ne pas se contenter de son petit territoire.» Tous trois déclarent écrire avant tout pour des lecteurs algériens, même si c’est en français qu’ils le font, et déplorent de ne pas être mieux lus, ni plus largement diffusés. Et même s’ils disent rencontrer régulièrement ceux qui les lisent, ils s’accordent sur la «notoriété illusoire» des écrivains dans l’Algérie d’aujourd’hui, sur leur quasi absence de visibilité. Car quelle prégnance avoir sur la société si on n’est pas correctement distribué ?

La question est revenue lors de la dernière table ronde, consacrée à Histoire et temps présent. Trois historiens (ou géopoliticiens) : Sadek Hadjerès, le doyen, grand acteur de la révolution algérienne, aujourd’hui exilé ; Daho Djerbal, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Alger ; et Malika Rahal, la benjamine, chercheuse à l’Institut d’histoire du temps présent du CNRS. Trois générations donc, mais une même conviction que «l’historien dérange», surtout quand il s’intéresse à des périodes pour lesquelles les témoins sont encore vivants et quand son travail consiste à «faire émerger les paroles d’en bas ou d’à côté.» Travaux censurés (ceux de Daho Djerbal), mal diffusés en Algérie (pour ce qui est de Malika Rahal). Il n’est décidément pas aisé de déconstruire ce que Rahal nomme «l’histoire dominante» (elle préfère cet adjectif à «officielle»), fondée sur le «grand récit mythologique» fondateur de la nation algérienne, avec ses héros, ses martyrs… Djerbal a rappelé que si, depuis les années 1980, cette histoire est remise en cause au sein des universités, les manuels scolaires n’en tiennent toujours pas compte. Car l’histoire, comme la généalogie, constitue selon lui une «réserve de légitimité» pour le pouvoir. D’où la nécessité, mais aussi la grande difficulté, de leurs travaux sur les périodes récentes. Un débat passionnant. Qui a suscité un incident, heureusement rapidement réglé, preuve que le sujet est brûlant.

La journée s’est terminée dans les youyous et en musique grâce à l’orchestre chaâbi de Riad Kasbadj. Une belle réussite donc pour cette première de Lire les méditerranées. Ses organisateurs espèrent bien pérenniser la manifestation. De même que les responsables de la BDP qui souhaitent «ramener le débat dans les bibliothèques». Ce qu’on ne peut que saluer.

FRED ROBERT
Décembre 2014

Lire les méditerranées s’est déroulé le 6 décembre à la BDP Gaston Defferre à Marseille

image: Table-ronde-consacrée-à-Histoire-et-temps-présent-c-Librairie-Transit


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