Dans le coeur des mots avec Ronny Someck au Centre Darius Milhaud

Une poésie embraséeLu par Zibeline

Dans le coeur des mots avec Ronny Someck au Centre Darius Milhaud - Zibeline

Le Centre Darius Milhaud offre une programmation riche de concerts, conférences, projections de films, débats, cours… Le 4 avril dernier, une rencontre exceptionnelle permettait au public de découvrir et d’approcher sans doute l’un des plus grands auteurs de la poésie israélienne contemporaine, Ronny Someck. Né à Bagdad en 1951, il quitte l’Irak dès sa petite enfance pour s’installer en Israël. Ses ouvrages sont édités dans de nombreuses langues, et l’on dispose de quelques recueils superbement traduits en français par Michel Eckhard Elial, poète, traducteur de la littérature hébraïque, et directeur de la revue Levant-Cahiers de l’espace Méditerranéen. Deux recueils étaient évoqués par une double lecture, en hébreu par Ronny Someck, sonorités musicales, sons en écho, allitérations, assonances, partition subtilement orchestrée, et en français par Pascale Goeta, clarté souveraine. Les poèmes, denses, effleurent le quotidien, le métaphorisent avec élégance et un brin d’humour, s’inscrivent dans une visée politique au sens noble du terme. L’on voit en une courte saynète des enfants israéliens et palestiniens « qui papier et crayon en main / auraient en moins de dix minutes / signé un traité de paix ». Ronny Someck sourit en rappelant combien les langues se marient : les mots d’arabe entrent de manière conviviale dans la langue hébraïque de tous les jours, comme la cuisine, « le houmous est le ciment de la paix ! ». Jonglant entre la simplicité des choses et la profondeur, le poète fait référence à un imaginaire familier, composant une mythologie (au sens de Barthes) de la modernité. On peut déceler dans cet univers foisonnant d’images et de formes en épure les échos de Kavafis, Ritsos ou Adonis… auquel est dédié un poème, Salut à Adonis roi : « Quand tu demandes : Qu’est-ce qu’une métaphore ? / Tu réponds : Des arbres qui battent / dans le cœur des mots. » Figure de style obsédante qui parcourt l’œuvre, donnant naissance à d’autres images, d’autres définitions : ainsi, par une jeune fille : « Quand on lui demande ce qu’est une métaphore, / elle croise les mains comme un aigle / et s’envole ».

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2017

Cette rencontre avec Ronny Someck a eu lieu le 4 avril au Centre Darius Milhaud, Aix-en-Provence

Le piano ardent, Ronny Someck, éditions Bruno Doucey, 15 €
Le baiser de la poésie, Yehuda Amichaï et Ronny Someck, éditions Levant, 20 €
L’arbre lumière, Michel Eckhard Elial, éditions Levant, 20 €

Photographie : Ronny Someck ©  awbcasanova