Vu par Zibeline

Retout sur Passione, une danse inspirée et réinventée autour de La passion selon Saint-Matthieu de Bach

Une passion peut en cacher une autre

Retout sur Passione, une danse inspirée et réinventée autour de La passion selon Saint-Matthieu de Bach - Zibeline

« Dire que le corps est au cœur de la danse n’a en soi rien d’original » pourraient s’exclamer ceux qui ne connaissent pas le travail et la recherche d’Emio Greco et de son complice Pieter C. Scholten. Sauf que lorsqu’on examine de plus près leurs projets et leurs chorégraphies on est saisi par la particularité de leurs productions et les exigences qui entraînent l’excellence de leurs interprètes. Dansé par Emio en solo en 2012, créé à l’Opéra de Marseille en 2015 avec 7 danseurs (3 femmes, 4 hommes), Passione est repris cette année dans une nouvelle distribution, avec toujours le musicien Franck Krawczyk qui joue sur scène et participe au spectacle, pris parfois à partie par les danseurs. Son adaptation de La passion selon Saint-Matthieu de Bach pour piano ou accordéon (il joue tantôt de l’un, tantôt de l’autre) les accompagne magnifiquement.

Chaque danseur a sa propre « partition » et le spectateur a le temps de détailler ainsi leur talent, leur musculature, leur expressivité. Il y a des moments de grâce absolue, quand le bras ou la jambe se déplie lentement jusqu’à la tension, quand le corps roule et se relève avec légèreté, comme un ballon qui s’élèverait vers le ciel. Le plateau est occupé au tiers de l’espace par le piano, un moment recouvert d’un tissu blanc, tel un linceul. Venons-en d’ailleurs au titre de la chorégraphie.

Certes il évoque la Passion du Christ, renié trois fois par Saint-Pierre : le chant du coq trois fois nous le rappelle et un tableau avec le danseur Angel Martinez Hernandez (magnifique ! il chante aussi !), soutenu par deux « larrons » masqués le confirme. Mais il joue aussi sur la polysémie du mot qui évoque l’ardeur de l’amour et des convictions, l’ivresse de vivre, la violence de la création… Et si tout simplement les deux créateurs n’avaient voulu parler que de la passion de la danse, illustrant les sept nécessités du corps « curieux » du danseur qui s’échappe, se multiplie et rencontre l’autre ?

CHRIS BOURGUE
Juin 2017

Passione s’est donné du 30 mai au 2 juin à La Criée

Passione © Alwin Poiana


La Criée
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