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Vu par Zibeline

Le dernier film de Fatih Akin,The Cut, présenté en avant première au cinéma César à Marseille en présence de l'équipe

Une odyssée embarrassée

• 7 janvier 2015 •
Le dernier film de Fatih Akin,The Cut, présenté en avant première  au cinéma César à Marseille en présence de l'équipe  - Zibeline

Qu’un cinéaste comme Fatih Akin, qui a toujours exploité ses liens avec la Turquie et l’Allemagne, porte son regard sur le génocide arménien de 1915 ne peut que susciter l’intérêt et la curiosité : on sait combien les autorités turques résistent à la reconnaissance de ce génocide, on sait moins que l’empire austro-hongrois, parfaitement informé, a fermé les yeux sur ces événements.

The CutLa Blessure – met donc en scène, Nazaret Manoogian (Tahar Rahim), jeune forgeron arménien, habitant à Mardin, dans le sud-est de la Turquie. La seconde guerre semble loin, même si on évoque les combats à Gallipoli. Mais la machine infernale se met en route inexorablement. Nazaret est emmené, comme tous les hommes, séparé de sa femme et de ses filles jumelles, contraint de participer à la construction d’une route dans cette région aride. Il voit passer impuissant les longues files des Arméniens contraints à l’exil. Échappant de peu à un égorgement qui le laissera tout de même muet, il prend la route pour voir se dresser devant lui, comme Ulysse, des anges et des démons. Poussé d’abord à la fuite, puis mû par la volonté de retrouver ses filles dont il a appris qu’elles ont survécu, il porte ses pas du camp d’extermination de Ras Al-Aïn à Alep, puis au Liban, et de plus en plus loin, Cuba, la Floride, Minneapolis. Il faut bien 2h20 pour parcourir les routes de cette fresque ambitieuse, où la légende le dispute à l’histoire. Au départ, un malentendu : le génocide arménien n’est qu’un prétexte. Pas plus que le protagoniste, on ne comprend rien aux causes profondes des événements. On en perçoit les conséquences tragiques, mais le propos de Fatih Akin se veut différent. Il s’agirait selon lui d’aborder le thème du diable et de s’interroger sur la frontière entre le bien et le mal. Hélas, rien ne marche. Tahar Rahim ne semble pas concerné par son personnage et promène son indéniable beauté derrière tous les maquillages sans la faire oublier. La reconstitution historique est si artificielle qu’elle ne suscite pas l’émotion qu’il faudrait : on sait ce que devrait nous inspirer la vision du camp d’extermination, on ne voit qu’un tableau de genre. La reconstitution de Cuba, elle, frise le ridicule. Que dire de la musique ? En soi de bonne qualité, mais omniprésente, soulignant le moindre effet des images, au bout du compte difficile à supporter. Fatih Akin cite parmi ses références, Yol de Yilmaz Güney, La prisonnière du désert de John Ford et America America d’Elia Kazan. Cela ne suffit pas pour faire de ce film aux moyens considérables le film espéré. Le génocide arménien n’a pas le film qu’il aurait mérité.

Le film sort en salles le 14 janvier

ANDRÉ GILLES

Janvier 2015

Crédit: Pyramide Films


Cinéma Le César
4 Place Castellane
13006 Marseille
08 92 68 05 97
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