Arcadi Volodos: temps suspendu au Grand Théâtre de Provence

Une leçon de piano au GTPVu par Zibeline

Arcadi Volodos: temps suspendu au Grand Théâtre de Provence - Zibeline

Le subtil coloriste Arcadi Volodos débutait son concert par l’étonnante Sonate pour piano en ré majeur n°19 D 850, connue sous le nom de Gasteiner (car écrite durant le séjour du compositeur dans la ville thermale de Bad Gastein). Ceux qui attendaient l’expression mélancolique que l’on attribue par avance à Schubert étaient surpris par l’énergie triomphante de son Allegro vivace, une introduction glorieuse et de la coda en fanfare qui clôt le mouvement dont les triolets réclament de l’interprète une maîtrise virtuose. Les digressions méditatives du Con moto n’empêchent pas une alacrité inhabituelle tandis que le Scherzo aux voltes contrastées joue entre le lyrisme de lointains élégants et les impulsions sculptées dans la matière. La fausse innocence du Rondo, allegro moderato replie la pièce en épure et laisse un public suspendu.

Il fallait bien un entracte pour se remettre de cette verve puissante et entrer dans les Scènes d’enfants (Kinderszenen) de Robert Schumann. Le pianiste invite alors les auditeurs à un voyage esquissé par la succession de tableautins où émergent visages enfantins, jeux, caprices, rêverie (un temps hors du temps), Croquemitaine et autres contes avant que l’enfant ne s’endorme et laisse la parole au poète. Ici, il ne s’agit pas d’enfants croqués sur le vif, mais de souvenirs « pour des personnes qui ont grandi » expliquait Schumann qui écrivit à Clara dont le père lui refusait la main avec constance : « Est-ce une réponse inconsciente au sens de mots que tu m’écrivais un jour : “tu me fais parfois l’effet d’un enfant !” (…) Tu prendras sans doute plaisir à jouer ces petites pièces, mais il te faudra oublier que tu es une virtuose »… C’est ce que fait Arcadi Volodos qui nous donne à écouter ces morceaux finement ciselés comme des réminiscences où la précision se mêle à l’onirisme. Enfin, ce poète du piano se lançait dans la Fantaisie en ut majeur opus 17 que Robert Schumann dédia à Franz Liszt alors que cette pièce est tout entière imprégnée de la passion désespérée vouée à la jeune Clara Wieck, qui ne deviendra enfin son épouse quatre ans plus tard. Ce sommet de l’esprit romantique s’emporte, s’alanguit, se syncope et nous transporte par sa puissance évocatrice avant de larges phrases méditatives, qui placent l’artiste devant le miroir en un songe où les tempi semblent liés aux mouvements d’une âme. L’éblouissement ne s’arrêtait pas là, l’artiste offrait cinq rappels, cinq éblouissements supplémentaires dus à Schubert, Brahms, Mompou, Vivaldi et Scriabine.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2021

Le 27 octobre, GTP, Aix-en-Provence

Photogrpahie : Arcadi Volodos © Marco Borggreve

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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