Une langue maternelle incompréhensibleLu par Zibeline

 - Zibeline

Évènement au Cube : Valère Novarina offre une lecture en scène de son texte Une langue inconnue (éditions Zoé), suivi, accompagné, murmuré, souligné, bercé, titillé, développé, par le violon de Mathias Lévy qui ourle les mots de ses mélodies improvisées. La musique ouvre le texte, avec les chansons que la mère de Valère chante en famille, La Paimpolaise, Le Grand Lustucru, et quand le père pas là, une chanson hongroise en souvenir de son premier prétendant dont la demande en mariage fut refusée par les parents de la jeune femme, et mort à Auschwitz. « J’aurais pu être juif hongrois ou ne pas être puisqu’il est parti avant que je naisse »… L’autobiographie se décline alors par le biais du langage parlé, chanté, multiplié par les idiomes, les « langues vives » celles « qui se débattent vigoureusement contre la langue unique-totalitaire, contre la plate-langue, horizontale-équivalente, sans paysage et sans histoire », face à « l’algébrosement, l’épidémie numérique, la mise aux normes de tout ». Le Hongrois, incompréhensible à sa mère autant qu’à l’enfant, engendre rêveries et enchantements, devient une « langue maternelle étrangère ». Entre Hongrois et Français, l’enfant tisse des correspondances, souligne une « sororité mystérieuse ». La langue devient matière, paysage que le poète dessine dans une mise en abîme sensible en s’appuyant sur les respirations, les rythmes par lesquels « se déploient des géographies imaginaires ». La manière de penser le monde passe par ces sonorités, ces inflexions, rend compte du « miroitement du réel », ne s’effraie d’aucune complexité, tant les variations peuvent être précises et claires, la pensée se sculpte en se modelant dans l’entrelacs des phrases, trouve un souffle, se love dans les langues porteuses de leur histoire : ombre du latin, du patois savoyard, du franco-provençal… La voix de Valère Novarina nous dit cet amour du langage : « c’est notre manière à nous les humains (contrairement aux singes et aux castors) de construire, d’édifier dans le vide. Et dans « manière » il y a main ». Un diamant taillé !

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2019

Lecture-violon donnée le 27 novembre au théâtre Vitez, Aix-en-Provence

Photographie : Une langue inconnue © Fabienne Douce

Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/