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Vibrant hommage à la romancière turque Asli Erdogan, qui risque la prison à vie dans son pays

Une journée pour la liberté

Vibrant hommage à la romancière turque Asli Erdogan, qui risque la prison à vie dans son pays - Zibeline

La romancière et chroniqueuse turque Asli Erdogan est aujourd’hui en liberté provisoire. Ce qui ne signifie pas qu’elle soit libre. Elle va être jugée, risque la prison à vie ; à moins qu’on ne lui propose l’exil, en Allemagne, aux États-Unis ou en France, comme on l’a déjà proposé à nombre de ses compatriotes intellectuels et artistes, engagés pour une Turquie libre et muselés par le régime actuel. Asli Erdogan a donc été libérée, grâce aux nombreux soutiens dont elle a bénéficié, grâce à sa notoriété internationale. Mais qu’en est-il de tous les autres ?

Enseignants, magistrats, fonctionnaires moins célèbres qui, toujours plus nombreux (on parle de 123 000 personnes démises de leurs fonctions depuis juillet 2016), croupissent actuellement dans les geôles turques, victimes des purges ? Plusieurs soirées de soutien et de lectures ont déjà eu lieu en décembre à Marseille. La librairie Maupetit a poursuivi l’action en proposant tout un samedi de lectures, rencontres et débats pour Asli Erdogan, et plus largement pour la liberté d’expression.

Toute la journée des étudiants de l’ERAC se sont succédé pour offrir aux clients de la librairie des extraits de son l’œuvre, particulièrement de Bâtiment de pierre, ainsi que de ses dernières chroniques tout récemment parues sous le titre évocateur Le silence même n’est plus à toi. Des rencontres étaient également prévues. Les organisateurs d’Obsession textuelle, Patrick Coulomb et Bruno Richard, n’ont pas hésité à bouleverser le programme de leur émission-rencontre mensuelle et à inviter deux journalistes spécialistes de la Turquie, afin d’évoquer la dérive totalitaire du pays.

« Etre coincé dans un immeuble en feu, sans doute est-ce une métaphore de la Turquie. » C’est par cette citation de l’écrivaine que P. Coulomb a ouvert le débat. Et à écouter Jean Kehayan et Olivier Bertrand, on ne peut que frémir. Qu’ils évoquent l’identité turque, construite autour de l’idée d’un ennemi commun et sur plusieurs génocides, les relations de la Turquie avec l’Europe (aujourd’hui rejetée par la plupart des Turcs) ou son leader, qui depuis le coup d’état manqué a éliminé tous les opposants et s’apprête à modifier la constitution turque à son avantage, tout semble mener au même constat : la Turquie est en train de sombrer dans la dictature, sous la férule de son président, Recep Tayyip Erdogan, qui « navigue au gré des événements », pratiquant « la diplomatie d’un homme perdu ».

Inquiétant… Les deux intervenants ont toutefois rappelé que des voix continuent à se faire entendre, malgré les risques ; que la France a un rôle essentiel à jouer dans l’accueil des universitaires et intellectuels turcs menacés ; que la lutte pour la liberté d’expression de « ceux qui mettent la plume dans la plaie », comme l’a dit Olivier Bertrand, n’est jamais terminée.

FRED ROBERT
Mars 2017

Cette journée d’hommage a eu lieu le 14 janvier à la librairie Maupetit, Marseille

À lire :
Le silence même n’est plus à toi (recueil de chroniques traduites du turc par Julien Lapeyre de CabanesAsli Erdogan
Éditions Actes Sud, 16,50 euros

Photo : Patrick Coulomb, Bruno Richard, Jean Kehayan, Olivier Bertrand lors de l’une des lectures faites par les étudiants de l’ERAC © Damien Bouticourt


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