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Festival d’Automne fête en beauté ses 30 ans

Une journée d’automne à Gardanne

Festival d’Automne fête en beauté ses 30 ans - Zibeline

Le Festival d’Automne fête en beauté ses 30 ans : 30 films en avant-première parmi beaucoup d’autres découvertes

Cerise Jouinot a su avec bonheur conjuguer genres, âges, univers, comme « une évidence ». Une journée de festivalier permet de donner une idée de cette effervescence, avec des salles qui font quasi le plein quelle que soit l’heure. Le petit café du cinéma rassemble les irréductibles, on discute, on compare, on vote pour les prix à attribuer, le jury jeune s’y donne rendez-vous, on parle technique, les vertus et défauts de l’informatisation des salles, la pression des grands groupes, les difficultés des salles indépendantes, les projets, les ambitions de mutualisation des indépendants, on peut y rencontrer les invités du festival, qui livrent des anecdotes inédites…

Pas de mièvrerie pour les enfants !

Salle comble pour La chasse à l’ours, de Joanna Harrisson et Robin Shaw, précédé de deux courts-métrages. Inspiré du livre de Michael Rosen et Helen Oxenbury, le film nous entraîne à la suite de cinq enfants d’une même fratrie qui partent en expédition avec entrain pendant que leurs parents sont allés chercher leur grand-mère. Mais les ours des contes ne font jamais mal et les histoires permettent de retrouver la joie de vivre…

Graphismes d’album et palette délicate pour Un printemps en automne de Tatiana Kublitskaya (Biélorussie) : la grande sœur du petit Yanka, malade, va chercher le soleil guérisseur avec l’aide des animaux de la forêt. Non loin, on croise Le rêve de l’ours (Ruslan Sinkevich, Biélorussie), ce dernier hiberne avec le soleil dans ses bras, seul un enfant saura le réveiller pour que le printemps revienne.

Des avant-premières

Ulysse et Mona de Sébastien Betbeder renvoie aux problématiques de la fiction. « Tu pourrais être plus honnête » suggère en ouverture le condisciple de Mona (Manal Issa) lors d’un cours de dessin… Le film louvoie entre récit et réminiscences d’œuvres, picturales, romanesques, poétiques, se joue des clichés. Réfugié dans un vieux manoir, un artiste (Éric Cantona) autrefois célèbre, renoue avec la vie grâce à Mona qui tente de percer la vérité des êtres. Connaître ou imaginer ? Dans cet oscillement se construisent l’art et l’humain…

Départ pour le Paraguay avec Les héritières de Marcelo Martinessi. Profondeur de champ, palette lumineuse d’une intensité rare pour une histoire tout en finesse, remarquablement interprétée (magnifique Ana Brun dans le rôle de Chela, Ours d’argent 2018). La Guerre d’Indochine, celle des les années 1945-46, est évoquée avec le superbe film de Guillaume Nicloux, Les confins du monde. Nature luxuriante, réalisme cru, mise en abîme de l’écriture avec le personnage énigmatique de l’écrivain (sensible et nuancé Gérard Depardieu). Robert Tassen (excellent Gaspard Ulliel), jeune militaire, cherche à se venger de ceux qui ont massacré les siens. Entre l’horreur, la déchéance des êtres, une humanité, symbolisée par la naissance de l’enfant de Maï, (et sans doute de Robert), peut-elle se renouveler ?

Et la rencontre du soir

Prétexte à une rencontre débat, Nos vies sont formidables de Fabienne Godet aborde le thème de l’addiction : documenté avec une précision extrême, « les dialogues, les mots sont tous issus de conversations enregistrées et les acteurs ont interprété les rôles de personnes réelles, en changeant les prénoms et en mêlant les parcours pour éviter toute identification » explique la réalisatrice, accompagnée de Régis Ribes, addictologue qui joue son propre rôle et de Véronique Dossetto, l’une des comédiennes, gardannaise. « Par-delà le sujet de l’addiction, c’est vraiment un film sur la solidarité ». La question du traitement des personnes en proie à l’addiction de l’alcool, des médicaments ou de la drogue, est abordée avec une pertinence et une humanité bouleversantes.
Et insensiblement notre vision du monde s’élargit…

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Festival de Gardanne, journée du 24 octobre.

Photo : (droite à gauche) Cerise Jouinot, Fabienne Godet, Régis Ribes, Véronique Dossetto ©MC