Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Du papier à la partition, une création de Pierre-Adrien Charpy

Une issue au labyrinthe

Du papier à la partition, une création de Pierre-Adrien Charpy - Zibeline

L’écrivain belge Henry Bauchau (1913-2012), dans sa correspondance et ses journaux, livre ses réflexions intimes au sujet de la rédaction de son roman L’enfant bleu paru chez Actes Sud en 2004. Le vieil homme y évoque son expérience de « psychothéraprof » vécue auprès de Lionel D. un adolescent psychotique qu’il a rencontré en hôpital de jour dans les années 70, comment il l’a, une douzaine d’années durant, guidé vers la création plastique. C’est aussi à sa vocation d’écrivain qu’il fait référence, suscitée, une trentaine d’années auparavant, par sa propre cure psychanalytique… Ou comment des êtres bloqués dans leur existence trouvent une issue à leur « labyrinthe » : par l’art !

Le spectacle L’île paradis qu’on ne doit pas dire tire les fils de cette double expérience, de l’écriture et de la création, des cris et des douleurs, des peurs et des voix du démon, met en forme, au prix d’un travail méticuleux, un labyrinthe de sons et d’images, de couleurs et de mots, de voix et de chant… où chacun peut se perdre au gré de son imaginaire. La musique électro-numérique de Pierre-Adrien Charpy développe un monde sonore riche, parfois « orchestral », soutenant le chant, souvent cauchemardesque à l’image des peurs du jeune patient. Elle est omniprésente, mais laisse une place nécessaire au discours, au récit en mosaïque des voix parlées et/ou chantées de Raphaële Kennedy et Vincent Bouchot. Leur duo émeut au delà du propos, par leur présence puissante et complice, amplifiée par la « mise en son » fantasmagorique de l’ingénieux-ingénieur Franck Rossi. Le spectacle d’ « art total » vaut aussi par la poésie de la création vidéo d’Isabelle Françaix et ses images mouvantes illustrant le livret, tout en s’en échappant, incluant par touches discrètes des plans des productions de l’artiste Lionel D. qui, au moment des rappels, est venu participer aux saluts, plaçant l’émotion collective à son comble.

JACQUES FRESCHEL
Mai 2018

L’île paradis qu’on ne doit dire a été créée à Marseille, le 27 avril, Salle Musicatreize.

Photographie : L’île paradis – Salle Musicatreize © Isabelle Françaix


Salle Musicatreize
53 Rue Grignan
13006 Marseille
04 91 00 91 31
musicatreize.org