La mer imaginaire, jusqu’au 17 octobre à la Fondation Carmignac de Porquerolles

Une fiction flottanteVu par Zibeline

La mer imaginaire, jusqu’au 17 octobre à la Fondation Carmignac de Porquerolles - Zibeline

Poétique et politique, La Mer imaginaire anticipe le futur.

L’inauguration en juin 2018 de la Fondation Carmignac, au cœur du Parc national de Porquerolles, avait fait grand bruit par son geste architectural et son exposition Sea of Desire issue des œuvres de sa collection. Cet été, l’écrivain et commissaire américain Chris Sharp plonge le visiteur dans les abysses avec un tour d’horizon de la fantasmagorie marine. Derrière la poésie, le rêve, les illusions, les mystères de ce territoire enchanté, les artistes pointent habilement un monde animal en voie de disparition. Et font surgir en nous un sentiment de manque par anticipation, la solastalgie, identifiée et décrite par le philosophe australien Glenn Albrecht. Toutes les espèces ont leur faveur, parmi elles la méduse, le crabe, et l’hippocampe dont Jean Painlevé offre des photographies spectaculaires. Artiste et scientifique, il est « un personnage exceptionnel et une figure de l’art primordiale » pour Chris Sharp qui parsème l’exposition de plusieurs de ses films et photos. Selon les époques, la tapisserie de Matisse, l’aquarelle de Klee, la toile de Gilles Aillaud offrent une vision enchanteresse du monde sous-marin, au naturel ou formaté dans un aquarium. Mais depuis une quinzaine d’années, « beaucoup s’interrogent sur la séparation homme/animal, homme/environnement, abordent ce rapport et constatent combien il change ». Dans l’aquarium de Bruno Pelassy, l’animal qui danse est en tissu et son apparition est une hallucination ! Comme une bouée jetée dans les flots, ils tirent la sonnette d’alarme en évoquant directement les conséquences du réchauffement climatique et le déséquilibre biologique à travers des visions immergées, distanciées, politiques aussi. Une problématique très actuelle, donc, qui impulse des approches critiques ou ludiques mises en espace par une scénographie volontairement ouverte, comme une invitation au flottement. Autre constat alarmiste : Yuji Agematsu et ses pièces discrètes réalisées à partir de déchets plastiques et de restes d’emballages amalgamés, Cosima von Bonin et son orque en peluche emprisonné dans un pupitre d’écolier, privé de son élément vital, l’eau, elle-même prisonnière d’une petite bouteille ! Et constat féérique : face à la destruction des coraux, Hubert Duprat façonne des « objets-bijoux » à base de matières organiques, et, face à la prolifération des méduses, Micha Laury tend au-dessus de nos têtes une nuée de méduses en silicone dont la menace mortelle se pare de couleurs élégantes.

La grotte de Barceló

Accueilli par son imposant bronze Alycastre inspiré du dragon légendaire de Porquerolles, le visiteur découvre à l’intérieur une autre de ses pièces pérennes, Not yet titled, et l’éphémère Ressac créée in situ, véritable « grotte sous-marine » à l’aspect de cathédrale-atelier. Monumental travail d’argile et de peinture où ses animaux marins fantasmagoriques s’épanouissent dans l’obscurité de cette mer imaginaire.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2021

La mer imaginaire
Jusqu’au 17 octobre
Fondation Carmignac, Porquerolles
04 89 29 19 73 carmignac.com

Photo : Sans titre (Les Méduses), silicone, 2006 © Micha Laury