Le Festival d'Automne au cinéma Trois Casinos de Gardanne

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Le Festival d'Automne au cinéma Trois Casinos de Gardanne - Zibeline

Il y a toujours quelque chose de militant dans l’art, la volonté de montrer, de comprendre, de rendre tangible aussi l’impalpable matière de la pensée. Le cinéma, à la fois art et industrie culturelle, endosse d’autant mieux ce caractère militant lorsqu’il se refuse aux compromissions du marketing et de la fausse culture de masse. Le cinéma de Gardanne en est un bel exemple, soutenu de manière indéfectible par la mairie, qui propose depuis 23 ans un Festival d’automne d’une remarquable tenue, tant par la qualité des œuvres et leur éclectisme, que par leur présentation. Cette année encore pour la 24e édition, 61 films, 21 en avant-première, quatre invités présents, plus de 8 000 spectateurs, un succès qui ne se dément pas.

Clara Bouffartigue avec Tempête sous un crâne, un long métrage documentaire sur l’enseignement dans une classe de collège, offre une approche sensible, pudique et juste du travail des équipes éducatives et des enfants, avec une réflexion sur l’acte d’enseigner, la construction de la relation prof/élève, la transmission. Autre superbe film documentaire (quasi ex aequo avec le premier prix), Les invisibles de Sébastien Lifshitz marque d’une pierre blanche l’histoire du cinéma, puisque pour la première fois des hommes et des femmes âgés se racontent, évoquent leur vie homosexuelle avec une justesse du ton essentielle dans les débats qui se focalisent sur des préjugés d’un autre temps, et des représentations homosexuelles qui semblent s’arrêter au moins de 35 ans… La condition de la femme est également évoquée dans une série de portraits, le superbe film égyptien Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab, le touchant et complexe Une seconde femme de Umut Dag (Autriche), enfin le sublime Syngue Sabour, Pierre de Patience de Atiq Rahimi, d’après le roman de Golshifteh Faharani, qui interprète aussi le personnage principal : cadrage de peintre, âme mise à nu, revendication d’exister en tant que personne pour une jeune femme qui fut mariée au poignard de son époux parti à la guerre… «Les hommes qui ne savent pas faire l’amour font la guerre» dit-elle…

Quoi d’autre ? Des visions de l’enfance et de l’adolescence, avec le film d’animation d’une poésie à la Prévert Jean de la Lune de Stephan Schech, tiré de la BD d’Ungerrer ; Les enfants loups, Ame et Yuki de Mamoru Hosoda, un conte réaliste qui présente l’individu face à des choix de vie, ou le remarquable Couleur de peau : miel de Jung et Laurent Boileau qui présente le problème de l’adoption à partir de l’autobiographie de Jung, démarche originale avec des supports filmiques différents, une quête de soi intelligente et sensible ; 11 Fleurs de Wang Xiaoshuai qui évoque par le regard d’un petit garçon espiègle la révolution culturelle chinoise.

Adolescence encore, mais atroce avec Despues de Lucia de Michel Franco, ou le magnifique Foxfire, confessions d’un gang de filles de Laurent Cantet, qui reçoit le prix du public, même si l’analyse politique manque de profondeur. Comédies françaises aussi d’une belle tenue, comme Pauline détective ou Populaire ou l’inquiétant Dans la maison. Trois films italiens, César doit mourir, Mon père va me tuer de Daniele Cipri, une comédie grinçante, magnifiquement jouée, et le merveilleux Piazza Fontana de Marco Tullio Giordana, sur le début des années de plomb en Italie, qui rappelle un cinéma politique à la Costa Gavras.

MARYVONNE COLOMBANI

Le Festival d’automne s’est déroulé du 26 octobre au 6 novembre au cinéma Trois Casinos de Gardanne

Cinéma 3 Casino
11 Cours Forbin
13120 Gardanne
04 42 51 44 93
http://www.cinema-gardanne.com