Ginga, la grande reine qui se faisait appeler roi

Une femme puissanteLu par Zibeline

Ginga, la grande reine qui se faisait appeler roi - Zibeline

La reine Ginga (ou Njinga) a vraiment existé. Cette femme hors du commun (1581-1663) a régné sur un territoire qui correspond à une partie de l’Angola actuel, évinçant les hommes de sa famille, se faisant appeler « roi », entretenant un harem d’hommes habillés en femmes, prenant, les armes à la main, la tête de ses troupes sur les champs de bataille. Un personnage historique aussi romanesque ne pouvait manquer de séduire le brillant conteur qu’est l’Angolais José Eduardo Agualusa. Il rend donc hommage à cette fine stratège, à cette diplomate rouée dans son dernier ouvrage, La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde (paru en 2014 et tout récemment traduit en français). Et il le fait dans un drôle de récit, qui tient du roman picaresque et du conte voltairien, tant il regorge de péripéties haletantes, de termes exotiques et de considérations philosophiques. Au fil de dix chapitres -tous précédés d’un bref sommaire qui en résume les événements essentiels -, Francisco José revient sur sa longue et aventureuse existence. Ce jeune prêtre brésilien, métis d’Indien et de Portugais, a débarqué à Luanda pour devenir le secrétaire de la reine Ginga. Il se trouvera rapidement emporté dans le tumulte des guerres de conquête, qui opposent Portugais et Hollandais, et au sein desquelles la reine cherche à sauvegarder son royaume, quitte à s’allier au plus offrant. La naïveté du narrateur, son insatiable curiosité en font un témoin précieux qui, tel le Candide de Voltaire, apprend de ses multiples aventures et pérégrinations. Ainsi s’éloigne-t-il assez vite de la religion, lui qui se dit « non seulement éloigné du Christ, mais de n’importe quel autre Dieu, car toutes les religions [lui] paraissent néfastes, coupables de toutes les haines et de toutes les guerres au cours desquelles l’humanité se détruit peu à peu. » Ainsi dénonce-t-il l’esclavage et toutes les violences de la colonisation, que ce soit au Brésil ou sur les côtes africaines. Un regard aigu pour revisiter l’histoire coloniale du côté de ceux qui « ont inventé le monde ».

FRED ROBERT
Juillet 2017

José Eduardo Agualusa, La reine Ginga et comment les Africains ont inventé le monde
Traduit du portugais (Angola) par Danielle Schramm
Éditions Métailié, 21 €