Varvara à La Roque d’Anthéron

Une fée à La RoqueVu par Zibeline

Varvara à La Roque d’Anthéron - Zibeline

Elle nous avait subjugués en 2019 face au tempétueux Orchestre du Tatarstan dans une fantastique interprétation du Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol mineur de Rachmaninov (journalzibeline.fr/critique/joutes-avec-orchestre/). Déjouant ceux qui cherchent à enfermer les artistes dans un genre, Varvara présentait cette année un récital où l’apparente simplicité, l’évidence des harmonies, font oublier la maestria nécessaire à l’exécution.

La netteté des attaques et de l’articulation de la musicienne dans la Suite en ut majeur et Ground en ut mineur de Purcell soulignaient leur mécanique baroque en une sobriété élégante : notes cristallines nimbant d’une aura poétique chaque élan. Puis, des pièces de Haendel, virtuoses et précises, soulignaient par leurs variations et leurs mouvements contrapuntiques la contemporanéité de Bach (les deux musiciens sont nés la même année, 1685), ainsi dans la Chaconne en sol majeur. La Suite en ré mineur HWV 437 dont la Sarabande est sans doute l’une des pièces les plus célèbres de Haendel tant elle a été reprise au cinéma (thème du film Barry Lindon de Stanley Kubrick, ou encore dans Nausicaä de la vallée du vent de Hayao Miyazaki… entre autres !) joue des contrastes, laisse percevoir une certaine espièglerie dans le jeu alerte de l’interprète. L’ouverture majestueuse de la Suite en sol mineur HWV 432 (Haendel) se poursuit en danses ouvragées par une orfèvre. Enfin, la profondeur de Jean-Sébastien Bach se dessine au fil de la narration du Caprice sur le départ de son frère bien aimé BWV 992, tous les registres se retrouvent dans cette série. Y sont brossés tentatives de retenir celui qui s’en va, -des cajoleries au miroitement de catastrophes possibles-, lamentations, entêtement, adieu, départ alerte tandis que l’on entend le cornet du postillon dont l’attelage va emporter le voyageur. Cette pièce écrite fut sans doute un exutoire pour Jean-Sébastien Bach lors du départ en Suède de son frère Johann Jacob qui intégrait la garde d’honneur du roi Charles XIII comme hautboïste. L’œuvre est d’autant plus touchante dans la lecture de Varvara.

Extrait du Clavier bien tempéré, Prélude et fugue en si bémol mineur BWV 867 est d’une difficulté extrême, le prélude en marche funèbre avec son rythme de dactyle, ses dissonances, ses harmonies douloureuses, et la fugue avec ses cinq voix où les écarts carillonnent. Poète et architecte, l’interprète avec ses airs de fée livre une interprétation fine de ces pièces où la technique fait parfois oublier à certains le sens. Ici, tout y est avec une sobre simplicité.

Mutine, la pianiste offrait trois rappels à un public enthousiaste, Air et variations, « L’harmonieux forgeron » de Haendel, la Cantate BWV 208 Was mir behagt, ist nur die muntre Jagd dit cantate de la chasse et un air des Variations Goldberg de Bach. Moments de poésie pure.

MARYVONNE COLOMBANI

Août 2021

Concert donné à l’auditorium du parc de Florans, dans le cadre du Festival International de piano de La Roque d’Anthéron le 14 août

Photographie © Valentine Chauvin