« Connemara », évocation puissante de la vie dans l'Est par Nicolas Mathieu chez Actes Sud

Une épopée moyenneLu par Zibeline

« Connemara », évocation puissante de la vie dans l'Est par Nicolas Mathieu chez Actes Sud - Zibeline

Les romans de Nicolas Mathieu se lisent. Ils s’écoutent aussi. Son superbe Leurs enfants après eux avançait au rythme de quatre étés (1992, 1994, 1996, 1998), sur les paroles de chansons emblématiques de ces années-là, dont le célébrissime I will survive. Tam tatam tatatatatam, telle est la scansion musicale qui accompagne son nouvel opus, Connemara. Une chanson qu’on a entendue mille fois, « dans chaque village, chaque bled, dans les mariages et les bals, sur Nostalgie et au réveillon », et qui « n‘[a] rien à voir avec l’Irlande » ; qui «  parl[e] d’autre chose, d’une épopée moyenne, la leur, et qui ne s’[est] pas produite dans la lande ou ce genre de conneries, mais là, dans les campagnes et les pavillons, à l’usine puis au bureau, désormais dans les entrepôts et les chaînes logistiques… ». La fameuse chanson de Sardou constitue donc le leitmotiv de ce nouveau roman qui, tel le précédent, offre une évocation puissante -sans filtre parfois, comiquement dérisoire souvent, éperdue de nostalgie toujours- de la vie comme elle va aujourd’hui dans les petites communes de l’Est, Cornécourt par exemple.

Christophe Marchal, l’ex-beau gosse du lycée et du club de hockey sur glace, y est resté. Séparé de la mère de son fils, il vit avec son père dans la maison familiale et travaille comme commercial pour une entreprise d’aliments pour animaux. Hélène, elle, a quitté un temps la région, avant de revenir s’installer à Nancy, avec mari et filles. Brillante élève, elle a suivi le parcours obligé, classe prépa, école de commerce, recrutement dans un cabinet de consulting… et mène désormais une existence à mille lieues de celle de Christophe. Pourtant, en ces années 2016-2017, alors que se précise le phénomène Macron, ils vont se retrouver. Arrivés à la quarantaine, dressant un bilan pas si glorieux de leurs vies, ils aimeraient, peut-être, recommencer autrement. Le roman, quoique centré sur une période récente, n’en multiplie pas moins les plongées dans les années 80-90 chères à l’auteur ; ces retours en arrière explorent l’évolution des deux personnages principaux, ainsi que celle de leur entourage, famille, copains, collègues (mention spéciale au personnage de Louison, la stagiaire d’Hélène, figure ultra contemporaine jubilatoire). Connemara, c’est la peinture sans fard d’une France provinciale, qui a vu changer le monde du travail, et sans doute pas en mieux… C’est également une émouvante variation sur le thème des amours de jeunesse et des illusions perdues.

FRED ROBERT
Février 2022

Connemara
Nicolas Mathieu
Éditions Actes Sud, 22 €