« S.O.S. Culture » de Serge Regourd, ou le Radeau de la Méduse des politiques culturelles françaises

Une bouée pour la cultureLu par Zibeline

« S.O.S. Culture » de Serge Regourd, ou le Radeau de la Méduse des politiques culturelles françaises - Zibeline

Avec sa triple casquette d’universitaire, d’expert et d’élu régional en Occitanie (en charge de la présidence de la Commission culture et audiovisuelle), Serge Regourd peut s’autoriser à qualifier les politiques culturelles françaises menées depuis plusieurs années de « Radeau de la Méduse ». Dont il sauve in extremis l’exception culturelle, fierté hexagonale, « seul pavillon à tenir encore debout ». Le petit ouvrage proposé par Indigène, heureux éditeur en 2010 de Indignez-vous ! de Stéphane Hessel, se veut plus prospectif que polémique. S.O.S. Culture déroule, en 40 pages chrono, plus d’un demi-siècle d’avancées et d’aléas, post Malraux et jusqu’au macronisme ambiant. Ce qui lui permet de boucler la boucle en une phrase assassine dès le début du livre : « La même personne (Roseline Bachelot, ndlr) peut ainsi, indifféremment, être l’alter ego d’un amuseur distingué (Jean-Marie Bigard, ndlr) et accéder aux mêmes responsabilités qu’un certain André Malraux ».

Revenant aux sources de la création de l’exception culturelle née dans le projet du Conseil National de la Résistance et fortement développée par François Mitterrand au début des années 80, Serge Regourd remonte le fil pour mieux comprendre pourquoi un concept si limpide (« la culture n’est réductible à aucun autre secteur économique ») s’est vu grignoter jusqu’à son fondement même par les logiques capitalistes. Aujourd’hui, le meilleur argument pour défendre la nécessité de culture est d’opérer une comparaison avec d’autres secteurs économiques, à coups de PIB -domaine d’où elle sort d’ailleurs largement vainqueur. Et tandis que le gouvernement actuel vante son Pass Culture « fondé sur le seul imaginaire du marché », Serge Regourd en appelle à la nécessité de porosité entre les structures (amener l’école à l’art, laisser entrer les artistes à l’école -et pas seulement en temps de pandémie), pour irriguer les esprits, y compris ceux « de nos pseudo-élites politiques, dont la culture est, le plus souvent, absente de leur environnement mental ». Remettre justement du politique dans la culture, « s’intéresser à l’art d’une manière politique » (Hannah Arendt), c’est bien ce qui pourra mettre en œuvre un projet nouveau de démocratisation culturelle, où chacun possède les clés d’un jugement libre.

ANNA ZISMAN
Avril 2021

S.O.S. Culture
Serge Regourd
Éditions Indigène, 5 €