Sept œuvres de miséricorde, un grand film à découvrir

Une bonté qui viendrait des entraillesVu par Zibeline

• 14 novembre 2015 •
Sept œuvres de miséricorde, un grand film à découvrir - Zibeline

On avait les frères Cohen, les Dardenne, les Taviani, les Larrieu, sans parler des Lumière, faudrait-il compter désormais avec les de Serio : Massimiliano et Gianluca?

Ces jumeaux nés à Turin en 78, réalisateurs de courts, de documentaires, d’installations, sont venus le 14 novembre dans la salle Armand Lunel présenter leur premier long métrage de fiction sorti en  2011 : Sept oeuvres de miséricorde. Un petit bijou sans distributeur en France, que le festival Image de Ville a fait découvrir à son public, dans la qualité exceptionnelle d’une copie en 35 mm.

S’inspirant du célèbre retable du Caravage qui illustre, sur la commande de ses mécènes napolitains, l’Évangile selon St Mathieu, les cinéastes sous l’ombre tutélaire de Pasolini, convoquent l’histoire de l’art et les motifs chrétiens pour parler de notre contemporanéité et de notre humanité. Chair et sang, ombres et lumière.

Le clair-obscur caravagesque se glisse dans l’image, dans le récit fragmenté et délimite allégoriquement les deux personnages principaux : une jeune fille et un vieillard.

Elle, Luminata (petite lumière) clandestine moldave, erre en ville, vivant de rapines. Dormir, manger, guetter l’occasion de voler pour rapporter son maigre butin à ses «protecteurs» dans le bidonville de la périphérie de Turin où elle vit, occupent ses journées. Lui, Antonio, mystérieux vieillard trachéotomisé, veuf, seul, proche de la mort, fait des séjours réguliers à l’hôpital. Pour obtenir des papiers d’identité que lui promet un employé de la morgue, Luminata va le suivre, le séquestrer dans son appartement, y cacher le bébé qu’elle a enlevé à un couple de compatriotes. S’il y a bien drame social et même suspense, l’essentiel ne sera jamais là, mais dans la relation qui se construit presque sans un mot, entre Antonio et Luminata. Par le regard, le geste, le rituel du bain ou de la becquée donnés à l’autre. Dans la Miséricorde en somme, comme “une bonté qui viendrait des entrailles“. Le chemin narratif se jalonne, annoncées à l’image, des 7 missions corporelles à accomplir dans la quête de la Sainteté: visiter les malades, nourrir les affamés, accueillir les étrangers, abreuver les assoiffés, visiter les prisonniers, vêtir les dénudés, enterrer les morts. Si la peinture du Caravage demeure très présente par la brutalité réaliste autant que par le travail de lumière et de composition, c’est bien par un langage cinématographique parfaitement maîtrisé que le film nous touche, porté par l’interprétation impeccable de la jeune Olimpia Melinte et par celle de Roberto Herlitza. Les deux réalisateurs ont expliqué que le synopsis de leur film était né durant les derniers mois de vie de leur grand-père atteint d’un cancer à la gorge, de la re-découverte de cet homme privé de paroles et de la rencontre avec les jeunes femmes qui s’en occupaient. Un travail entre la vie et la mort qui, en dehors de toute religion, nous lie à l’invisible et à une spiritualité partagée.

ELISE PADOVANI
Novembre 2015

Photo (c) DR

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