La documentariste Émilie Jouvet dévoile les coulisses de l'homoparentalité

Une bataille de plusVu par Zibeline

La documentariste Émilie Jouvet dévoile les coulisses de l'homoparentalité - Zibeline

Dans un documentaire produit par l’APGL, Emilie Jouvet traite avec délicatesse la question de l’homoparentalité

Au fil des témoignages rassemblés dans le très efficace Mon enfant ma bataille, un parallèle s’impose, sur lequel une des mères interviewée mettra les mots que l’on peinait à prononcer : la peur chevillée au corps de femmes parties en Espagne réaliser leur FIV, celle de la fausse couche, de l’accouchement prématuré, ou tout simplement de l’énième échec, auquel s’ajoute un sentiment de clandestinité. Cette angoisse, cette douleur ont à voir avec celles de femmes contraintes de traverser les frontières, il n’y a pas si longtemps, pour y subir un avortement illégal, dans des conditions peu recommandables. Le parallèle ne s’arrête pas là : la crainte fantasmatique de la fin d’un ordre social, formulée avec plus ou moins d’audace par les « anti », évoque également ces temps troubles. Où l’on débattait sans honte des droits des femmes et de leurs corps en leur absence, comme d’autres politiciens, par ailleurs souvent divorcés et remariés, se permettront par la suite de discréditer sans sourciller la légitimité du mariage homosexuel. De quoi achever de convaincre que les nouveaux « anti » se situent décidément du mauvais côté de l’histoire.

Après un premier film, Aria, consacré à sa propre PMA en pleine manif pour tous, la réalisatrice Émilie Jouvet s’est intéressée avec Mon enfant ma bataille à l’histoire récente, riche mais encore incomplète des combats de l’APGL depuis 1986 : du PACS à ses retombées successives, images des débats à l’Assemblée nationale à l’appui. Ce choix de se situer du côté de la loi davantage que, par exemple, de celui du traitement médiatique souvent tapageur et artificiel de la question, est bienvenu. Le tournage du film a également permis à Emilie Jouvet de rencontrer près de cent personnes vivant en France leur homoparentalité : plusieurs couples confient à la caméra leur bonheur parental, mais aussi leur angoisse liée à leur statut précaire, les épisodes de désespoir traversés. La réalisatrice prend également le temps de scruter les regards complices des enfants, de les laisser s’exprimer avec une bonne humeur communicative.

Des combats à mener

Le public réuni au cinéma de La Baleine par l’APGL, la Pride Marseille et le collectif IDEM pour assister à la projection, est souvent directement concerné par la question -un jeune enfant au bras de ses deux mamans prendra notamment la parole pour demander à être l’objet du prochain film ! Le doute formulé par Émilie Jouvet quant à la possibilité pour le documentaire de rencontrer le grand public se voit vite balayé par une spectatrice, qui souhaite sa diffusion massive, et à se confronter ainsi non pas aux « hostiles », minoritaires, mais bien aux « indécis ». L’avenir de Mon enfant ma bataille, qui fait pour l’instant le tour des festivals LGBT et se voit diffusé dans des cinémas liés au milieu associatif, est encore incertain. 

De même, rien n’est encore vraiment gagné pour l’homoparentalité, pour la GPA, encore illégale, ou pour, comme le fera remarquer un spectateur, la parentalité LGBTI -la nouvelle loi d’extension de la PMA excluant encore les parents transgenres. La législation toujours en place, commentée avec pédagogie par l’avocate Catherine Clavin, demeure floue quant aux questions de filiation biologique et de filiation d’intention, ou encore à celle de la séparation. Quand elle ne viole pas purement et simplement les décisions de la Cour Européenne des droits de l’Homme en refusant de reconnaître les actes de naissance d’enfants nés par GPA. L’heure n’est cependant pas à l’aigreur, mais bien à la célébration des droits acquis. On se réjouit donc de l’extension du droit à la PMA à venir, mais aussi du traitement égalitaire des parents homosexuels et des parents hétérosexuels sur les dossiers d’adoption dans le département des Bouches-du-Rhône. On se félicite, sans crier pour autant victoire, du chemin parcouru.

SUZANNE CANESSA
Juillet 2019

Mon enfant ma bataille, 35 ans de lutte des familles homoparentales, d’Émilie Jouvet, a été projeté au cinéma la Baleine, Marseille, le 4 juillet

Photo : Pride Marseille 2015 © Lee Bob Black – CC

Cinéma La Baleine
59 Cours Julien
13006 Marseille
04 13 25 17 17
labaleinemarseille.com

La Fabulerie
10, Boulevard Garibaldi
13001 Marseille
04 86 97 19 88
lafabulerie.com