« La tresse de ma grand-mère », récit alerte d'Alina Bronsky chez Actes Sud

Une babouchka déliranteLu par Zibeline

« La tresse de ma grand-mère », récit alerte d'Alina Bronsky chez Actes Sud  - Zibeline

L’histoire que nous raconte Alina Bronsky dans son quatrième roman n’est pas autobiographique mais s’inspire de celle de sa famille. En effet, originaire de la rive orientale de l’Oural, celle-ci a émigré en Allemagne dans les années 90, quand Alina avait 13 ans, suite à la politique de contingentement mise en place par l’État allemand. Son père est juif. Dans le roman, c’est le grand-père de Max, le jeune narrateur, qui l’est -du moins c’est ce que fait croire la grand-mère ! Il s’avère que les juifs d’origine russe étaient accueillis dans des camps de réfugiés et Grand-Mère, bien qu’antisémite, cède aux mirages de l’Occident. Aussi se plie-t-elle aux rites du shabbat avec application ! Très soucieuse de la santé de Max, et persuadée que sans elle il serait déjà mort, elle le surprotège, lui confectionne d’insipides bouillies de légumes et céréales qu’il jette dans l’évier dès qu’elle a le dos tourné. Max supporte ce fléau vaillamment, avec humour et tendresse. Très vite Grand-Mère a repéré une jeune réfugiée célibataire, Nina, maman d’une fillette qui sera dans la même classe que Max. Elle les adopte toutes les deux et encourage Grand-Père Gengis à lui rendre de petits services. Peu à peu ils forment ensemble une sorte de famille élargie jusqu’à ce que Max, malgré ses sept ans, se rende compte que Gengis est épris de Nina. Seule Grand-Mère ne voit rien…

Le récit se développe au rythme des découvertes et des remarques de Max. Grand-Mère, enveloppée de sa grande tresse colorée au henné, est un personnage haut en couleurs, débordante de tendresse et de folie douce, ancrée dans ses convictions dont rien ne la fait démordre, plongée dans des souvenirs douloureux qu’on ne découvrira qu’à la fin. Ancienne danseuse en Russie, elle décide un jour d’ouvrir une école de danse afin de faire découvrir la grâce aux allemands. S’ensuivent quelques épisodes cocasses, sans compter celui des vacances de la petite famille en Espagne. Le récit est alerte, les personnages attachants, la lecture agréable.

CHRIS BOURGUE
Janvier 2022

La tresse de ma grand-mère
Alina Bronsky
Éditions Actes Sud, 20 €