Les sciences sociales dans le sillage de Germaine Tillion au MuCEM

Une aventurière au Panthéon

• 19 juin 2015 •
Les sciences sociales dans le sillage de Germaine Tillion au MuCEM - Zibeline

Germaine Tillion, depuis le mois de mai, fait partie des «grands hommes» que «la Patrie reconnaissante» accueille au Panthéon. C’est pour lui reconnaître non seulement son rôle éminent durant la Résistance, mais aussi, pleinement, sa stature professionnelle d’ethnologue que le MuCEM recevait, le 19 juin, un colloque intitulé Les sciences sociales au XXIe siècle. Dans le sillage de Germaine Tillion. Car l’un ne va pas sans l’autre. Formée par Marcel Mauss («pas un expert du terrain, selon l’anthropologue Alban Bensa, mais convaincu que tout comportement humain a un sens»), elle a mis les outils de sa profession au service de son engagement, jusque dans le camp de Ravensbrück où elle a été déportée en 1943, puis dans les Aurès au moment de la guerre d’Algérie. Sa posture n’est pas celle d’une intellectuelle posant un regard neutre sur ses semblables ; pour ceux qui l’ont connue elle était «un franc-tireur», une aventurière prête à tout, s’impliquant personnellement, sans se mettre en position de surplomb par rapport à ses sujets d’observation. En déportation, consciente du fait que peu survivraient, dans un souci de comprendre les agissements les plus sombres de l’humanité et en tout cas d’en laisser trace, elle s’est appuyée sur l’aide de ses camarades pour documenter tous les aspects de la vie du camp. Julien Blanc, historien, a rappelé qu’elle frayait peu avec ses pairs, leur préférant l’amitié de ses anciennes codétenues, tandis que dans la salle on s’est souvenu avec émotion de son style rigoureux mais très peu académique, assez déconcertant pour les pontes de l’ethnologie. Lors du colloque même, de manière incompréhensible, malgré un programme de grande qualité, et bien que l’auditorium qui porte son nom ait été ouvert à tous, le public n’était pas très nombreux. Peut-être en aurait-il été autrement s’il s’était agi d’un homme ; en tout cas elle-même a été confrontée durant sa carrière à la domination masculine, comme l’a souligné sa consœur Tassadit Yacine, qui présidait la première table-ronde. Dommage ! Germaine Tillion a encore et toujours énormément à nous apprendre en matière de résistance à tous les abus. Au moins son entrée au Panthéon aura-t-elle eu l’avantage de réveiller l’intérêt pour son œuvre.

GAËLLE CLOAREC
Juin 2015

Le colloque a eu lieu le 19 juin sous la présidence de Tassadit Yacine au MuCEM, Marseille

Photo : G.C.

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