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Vu par Zibeline

"Pour vivre heureux" et "Erased", deux films vus au Festival International de Films d’Aubagne

Une aprèm au FIFA

• 18 mars 2019⇒23 mars 2019 •

Belle idée qu’a eue le FIFA d’accueillir son public en musique : dès que l’on entre dans la salle du Pagnol, on est plongé dans les B. O. de courts-métrages de réalisateurs et compositeurs qui se sont rencontrés à Aubagne, comme la musique de Wissam Hojeij pour La Costa Dorada de Noémi Gruner, ou celle de Simon Meuret pour Un grand silence de Julie Gourdain.

Parmi les dix films en compétition, Pour vivre heureux des Belges Dimitri Linder et Salima Glamine nous plonge dans les milieux pakistanais de Bruxelles. Le fils, Mashir, est tombé amoureux d’Amel, (excellente Sofia Lesaffre), une jeune fille d’origine algérienne, et vit cette relation en secret. Sa famille pakistanaise traditionnaliste ne l’accepterait pas et on lui destine sa cousine, Noor, qui vient d’arriver, qu’Amel a prise sous son aile et que ses parents souhaitent marier. Ni Mashir, ni Amel, ni Noor n’auraient leur mot à dire mais peu à peu, ils vont devoir choisir : vivre leur amour et être libres au risque de blesser leur famille ou accepter le destin qu’on leur impose. Des choix très douloureux pour tous, aussi bien pour les jeunes qui subissent cette tradition des mariages imposés que pour les parents qui veulent continuer à transmettre leur héritage culturel. Filmés très souvent en plans serrés, les personnages, incarnés par des comédiens pour la plupart non professionnels, se taisent, se parlent, se déchirent ou s’aiment. Des gestes s’esquissent, des regards se cherchent, s’évitent, se trouvent jusqu’à ce que chacun ait trouvé sa voie.

Pour vivre heureuse, Ana, elle, n’aurait besoin que d’une chose : exister, ce qui n’est pas simple, en 1992, quand on est né à Kragujevac, en Serbie, et qu’on vit en Slovénie. Et c’est d’autant plus dur quand on doit accoucher et que l’accès à la maternité est refusé. C’est par cette séquence que commence le film du Slovène de Miha Mazzini, Erased. Cette enseignante en maternelle est dans un taxi qui roule sous une pluie battante. La caméra s’attarde sur ses mains, son ventre, ses yeux pétillants tandis que la radio diffuse des nouvelles de la guerre qui fait rage en Croatie. Mauvaise surprise, à l’accueil de l’hôpital, l’infirmière ne la trouve pas dans l’ordinateur. Ana accouche d’une petite fille en parfaite santé mais n’est pas autorisée à sortir avec son bébé. Sa fille est slovène. Elle est Serbe et donc une étrangère en situation illégale. Emmenée dans un fourgon de police, elle se retrouve devant un inspecteur qui lui demande inlassablement : « Quand avez-vous passé la frontière ? » et lui conseille d’aller régulariser sa situation. Ce qu’elle tente de faire. L’employée le fait de manière radicale, coupant en deux sa carte d’identité avec des ciseaux. Désormais, Ana n’existe plus ; elle fait partie des « effacés » (erased). Sa petite fille devient orpheline, donc adoptable ! La caméra la suit de près dans son combat pour récupérer son enfant : pouvoir l’allaiter en cachette grâce à la complicité généreuse d’une amie stagiaire, tenter d’alerter les medias avec l’aide du père de l’enfant, un homme marié et haut placé. La séquence où elle va demander à la directrice de l’école une attestation pour ses dix années de travail est d’une grande force. Au moment où elle repart, les enfants, à travers les baies vitrées, l’aperçoivent et manifestent leur joie. Elle se met à taper des mains et à danser, imitée par tous les petits que la caméra de Dušan Joksimović filme à travers la vitre. La comédienne croate Judita Franković Brdar interprète avec nuances, force et énergie Ana, cette femme qui se bat pour ne pas être invisible.

Si Erased a le mérite de soulever un problème politique, la perte de nationalité et l’effacement par la République de Slovénie de 25671 citoyens, le 26 février 1992, il nous en montre aussi par l’histoire attachante d’Ana, les conséquences terribles sur les « effacés » qui perdent leur identité, leur travail et tous leurs droits.

Annie Gava
Avril 2019

Pour vivre heureux, de Dimitri Linder et Salima Glamine, et Erased, de Miha Mazzini, ont été projetés lors du Festival International de Films d’Aubagne le 19 mars.

PALMARES :

Longs métrages :
Grand Prix Meilleure Musique Originale : Csaba Kalotás pour A Woman Captured de Bernadett Tuza-Ritter (Hongrie/Allemagne)
Prix Meilleur Film : Take It or Leave It de Liina Trishkina-Vanhatalo (Estonie) MO de Sten Seripov
Prix Meilleure Mise en scène : Pour vivre heureux de Dimitri Linder et Salima Sarah Glamine (Belgique/Luxembourg) MO de Antoine Honorez
Prix Meilleur Scénario : Sasha Was Here d’Ernestas Jankauskas (Lituanie/Finlande) MO Paulius Kilbauskas

Courts métrages :
Grand Prix Meilleure Musique Originale : Florencia Di Concilio pour Bulles d’Air de Daouda Diakhaté (France)
Prix Fiction : Beautiful Loser de Maxime Roy (France) MO Pierre Rousseau
Prix Documentaire : en hommage à Mathieu Hoche, ancien étudiant SATIS, réalisateur à France 24 dont la vie a été fauchée au Bataclan : Récit de soi de Géraldine Charpentier (Belgique) MO Laura Sasso
Prix Animation : (ex aequo) : Grand Bassin de Héloïse Courtois, Chloé Plat, Victori Jalabert et Adèle Raigneau (France), MO Valentin Capdevila, Rémi Fay et Bloeistraat 11 de Nienke Deutz (Pays Bas) MO Frederik Van De Moortel
Prix Meilleure Création cinématographique : Carlotta’s Face de Valentin Riedl et Frédéric Schuld (Allemagne) MO Simon Bastian
Prix du Public : Ma planète de Valéry Carnoy (Belgique) MO Yannick Jacquet

Photo :  Pour vivre heureux, de Dimitri Linder et Salima Glamine © Obrother distribution