Vu par Zibeline

Le Palmarès du 40ème Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier

Une Antigone italienne

Vérifier les jours off sur la période
Le Palmarès du 40ème Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier - Zibeline

Samedi 27 octobre, jour de l’annonce du Palmarès du 40e Cinemed. Les spectateurs assistent aux dernières projections, et dans les files devant les salles du Corum, dans la salle de presse, les paris vont bon train. Lequel des dix films en compétition aura l’Antigone d’Or, choisi par le Jury que préside Robert Guédiguian ? Sera-ce Mafak, le superbe premier long métrage de Bassam Jarbawi, un cri de colère pour dénoncer une Palestine emprisonnée, où, après 15 ans dans les geôles israéliennes, Ziad (Ziad Bakri), considéré comme un héros politique par son entourage, n’arrive pas à se réadapter ?

Ou Tel Aviv on fire de Sameh Zoabi, une comédie politique réjouissante, qui nous entraine dans le tournage d’un soap en Cisjordanie ? « Le rire est aussi une manière de prendre du recul. » Salam, palestinien trentenaire, sorte de Gaston Lagaffe doit franchir chaque jour le même check point. Se faisant passer pour un scénariste, il va se retrouver à écrire, à quatre mains avec l’officier israélien, la suite de la série. On rit beaucoup devant ce film aux dialogues soignés, pleins d’humour et au montage astucieux.

Certains parlent de La Charge, première fiction d’Ognjen Glavonic, un film qui prend à bras le corps un sujet tabou, les horreurs de la guerre du Kosovo ; le réalisateur serbe, qui avait 14 ans en 1999, a découvert cette histoire en 2008-2009. Il suit le trajet de Vlada (superbe Leon Lucev) qui gagne quelque argent en acheminant, du Kosovo jusqu’à Belgrade, pour le compte de l’armée, des camions dont il ne doit pas ouvrir la porte arrière, cadenassée… Sa rencontre avec le jeune Paja qui est monté à bord du camion, à son insu, et la découverte de ce qu’il transportait lui permettent de se retrouver et de renouer un dialogue avec son propre fils. Un film âpre et fort.

C’est finalement Fiore gemello, le deuxième film de Laura Lucchetti, -qui, a-t-elle précisé, n’est ni la fille, ni la sœur, ni la femme de Daniele !- qu’a choisi de primer le Jury. À juste titre. Un film sensible et universel, tourné dans les paysages sauvages et sublimes de Sardaigne, « une géographie de l’âme », où nous suivons deux adolescents en fuite, Basim, (Kalill Kone) un migrant ivoirien et Anna, (Anastasyia Bogach) la fille d’un passeur que poursuit Manfredi, « une sorte de Frankenstein, un monstre de solitude ». Un film tourné avec de jeunes acteurs, trouvés en street casting, absolument superbes de justesse.

Sibel de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, dont on parlait beaucoup, a remporté, quant à lui, deux prix ; celui du Public et celui de la Critique. Le duo était venu présenter leur projet à Cinemed en 2015. Ce portrait d’une jeune femme muette des montagnes qui communique grâce à un langage sifflé ancestral a plu aussi bien aux spectateurs qu’aux journalistes. Il nous reste à le voir quand il sortira le 13 mars prochain.

ANNIE GAVA
Novembre 2018

Photo : (Cinemed) Fiore gemello, de Laura Lucchetti © Fandango

PALMARES de CINEMED

Longs métrages
Antigone d’or: Fiore Gemello de Laura Luchetti (Italie)
Prix de la Critique: Sibel de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti (France/Turquie)
Prix du Public : Sibel de Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti (France/Turquie)
Prix jeune public : Mafak de Bassam Jarbawi (Palestine/États-Unis/Qatar)
Prix de la meilleure musique : au compositeur André Dziezuk pour Tel Aviv on Fire de Sameh Zoabi

Courts métrages
Grand prix : Roujoula d’Ilias El Faris (Maroc/France)
Mentions à Matria de Àlvaro Gago Díaz (Espagne) et Le Cadeau de Noël de Bogdan Muresanu (Roumanie)

Prix du public : Nefta Football Club d’Yves Piat (France)

Prix Jeune public : Entre sombras de Mónica Santos et Alice Guimarães (Portugal/France)

Mention à Nefta Football Club d’Yves Piat (France)

Prix Canal+ : Gardiens de Berivan Binevsa (Belgique)

Documentaires
Prix Ulysse : Erased, Ascent of the Invisible de Ghassan Halwani (Liban)
Mention : La Voie normale d’Erige Sehiri (France/Tunisie/Qatar/Suisse)

Prix étudiant de la première œuvre : Amal de Mohamed Siam (Liban/Égypte/France)