Le Théâtre du Gymnase, à Marseille a accueilli « Le cabaret des absents », la nouvelle création de François Cervantes

Un théâtre dans la vi(ll)eVu par Zibeline

Le Théâtre du Gymnase, à Marseille a accueilli « Le cabaret des absents », la nouvelle création de François Cervantes - Zibeline

Le cabaret des absents, nouvelle création de François Cervantes, convoque les acteurs du quotidien, témoins qui s’ignorent de la vie d’un théâtre.

« Nous n’allons pas vous raconter une histoire. » D’entrée nous voilà prévenus. Les six actrices et acteurs du Cabaret des absents égrènent les anecdotes, traversent les époques, démultiplient les personnages. Pour cette pièce chorale, François Cervantes s’inspire d’un fait réel -le sauvetage du Théâtre du Gymnase par un riche industriel américain dans les années 70- pour tisser et imbriquer des instants de vie, sur un canevas où s’entremêlent les relations entre ville et art. On vit les premières émotions d’un enfant kabyle qui se faufile dans les coulisses guidé par le fils de la concierge. On accompagne les premiers pas de la carrière d’un danseur couvé par sa mère. On compatit avec une vendeuse ambulante d’œufs victime de violences conjugales. On écoute le patron et les clients du café voisin commenter le théâtre qu’offre la rue. On suit un taxi dans ses courses et pensées nocturnes. Navigateurs, migrants, artistes et simples habitants s’entrecroisent sans se voir. Certains ne font que passer, d’autres deviennent les héros d’un feuilleton du quotidien. Mais la plupart ne pousseront jamais la porte du théâtre tout en en étant le cœur battant comme ils sont celui de la cité.

Cette cité multiculturelle, que l’on devine aisément aux traits de Marseille, est peuplée d’une multitude de communautés et pas qu’humaines. Sa faune volatile, perruches, gabians ou pigeons, exige aussi sa part du récit. Entre ces témoignages des acteurs du quotidien, venus signifier leur absence en montant sur scène, surgissent des numéros de cabaret. Au danseur recouvert de plumes succède une émule de Barbara sur échasse. Après une marionnette en exil qui dort dans un four à pizza intervient un transformiste reprenant un tube d’Aznavour. Puis un dresseur d’oiseaux nain au talent de siffleur, puis un magicien loufoque ou encore un rappeur débutant. Ils viennent chacun à leur manière rappeler le pouvoir d’émerveillement et le facteur d’épanouissement offerts par le spectacle vivant. Dans son cabaret, Cervantes rassemble aussi les générations, d’anonymes comme d’acteurs. Parmi ces derniers, tous convaincants, les deux plus anciens de la troupe, Emmanuel Dariès et Catherine Germain font revivre, le temps d’un duo de clowns, les personnages d’Arletti et Octo qu’ils formaient déjà dans Carnages. Réapparaît aussi une certaine ouvreuse de 1897 qui, grâce à la magie du théâtre, découvre qu’elle a été un personnage essentiel à la renaissance du Gymnase, par un simple geste d’hospitalité. Car c’est ni plus ni moins ce dont ce Cabaret veut nous convaincre : un théâtre comme une ville est une maison sans mur où chacun peut se construire et rêver.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2021

Le cabaret des absents a été présenté les 20, 21 et 22 janvier devant un public restreint aux professionnels, au Théâtre du Gymnase, à Marseille.

Lire aussi notre entretien avec François Cervantes.

Photo :  © Christophe Renaud de Lage

Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/