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Vu par Zibeline

Ernani en bouquet final à l’Opéra de Marseille

Un quatuor vocal exceptionnel dans la lumière !

Ernani en bouquet final à l’Opéra de Marseille  - Zibeline

Pour la dernière de la saison, la direction de l’Opéra de Marseille craignait la poursuite du mouvement de grève entamé dès la première, le 6 juin : les techniciens (accessoiristes et machinistes réclamant la prime due sur les jours fériés et heures supplémentaires). On eut droit à 3 représentations en « mode dégradé », selon le jargon officiel : pas d’accessoires, pas de lumières. Un roi sans couronne, un Duc sans épée, une lumière fixe ! Heureusement, pour cette dernière, les spectateurs purent apprécier le superbe travail de Laurent Castaingt (lumières). L’histoire, issue de l’Hernani de Victor Hugo (1830) est tourmentée : Ernani, Carlo et Silva sont amoureux de la même femme, Elvira. La direction musicale de Lawrence Foster donne toute l’ampleur du drame verdien, dans les tuttis vibrants, comme dans les passages plus intimes. L’orchestre décrit parfaitement ces atmosphères étranges, amoureuses et guerrières, l’envie de séduire liée à la soif du pouvoir. La mise en scène de Jean-Louis Grinda, minimaliste mais efficace, est compensée par les magnifiques jeux d’ombres et de lumières reflétés sur l’immense miroir, somptueux tableaux baroques qui défilent. Si l’ensemble est assez statique, les lumières et les costumes (Teresa Acone) font mouvement. Le rebelle Ernani (en réalité Don Giovanni d’Aragon) est le magnifique ténor Francesco Meli, voix percutante, puissante, nuancée. Silva, basse, est le russe Alexander Vinogradov : son air Infelice, est superbe par sa ligne et son souffle ; le marseillais Ludovic Tézier, baryton, incarne le Roi Don Carlo, futur Charles Quint, avec une belle aisance vocale (« Du jour où je t’ai vue » de l’amant séducteur plein de tendresse, à la nostalgie, « Rêves et illusions de mes jeunes années » devant la tombe de Charlemagne, air d’une grande modernité, accompagnement superbe du violoncelle solo, sur pizzicati des contrebasses). Elvira est la chinoise Hui He, voix solide, pleine, qui manque certainement de cette ligne verdienne essentielle, mais imprime au personnage toute son ambiguïté et son tiraillement : comment aimer un seul homme quand on est aimée de trois ? Les chœurs sont exaltés, très habités : ils se fondent dans les tableaux, derrière le voile, donnant une impressionnante illusion. Les gardes de Silva semblent sortir du Musée du Prado (Madrid), comme des soldats de Velásquez ! C’est un beau bouquet final qu’a offert la direction de l’opéra de Marseille avec un plateau d’une grande qualité vocale et scénique.

YVES BERGÉ
Juin 2018

Ernani a été donné les 6, 10, 13 et 16 juin à l’Opéra de Marseille

Photographie : Ernani © Christian Dresse 2018


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