Création universitaire, Andromaque au Théâtre Vitez

Un quatuor d’amour et de haineVu par Zibeline

Création universitaire, Andromaque au Théâtre Vitez - Zibeline

Chaque année, l’AMU propose, dans le cadre du cursus de formation Arts du spectacle, des créations universitaires, menées sous la responsabilité d’un metteur en scène professionnel invité. La représentation d’Andromaque a ainsi été préparée sous la houlette de Frédéric Poinceau, fondateur de la Cie Les Travailleurs de la Nuit. Véritable gageure que de mettre en scène le texte de Racine, sans compter tout ce qui entoure la création, avec un collectif complet, metteur en scène, deux assistantes, douze acteurs, une chargée de production et de médiation, deux créateurs lumières et sons, un régisseur général, deux scénographes, un responsable costumes… Pari tenu ! avec une belle efficacité. Reprenant la structure d’une arène, les spectateurs sont répartis de part et d’autre de l’espace scénique dépouillé à l’extrême. Seules, sur le sol noir se détachent les généalogies des protagonistes. La tragédie antique se complaît aux histoires de familles. Tout est déjà écrit, scellé. Avant la fin, l’essentiel, les êtres  luttent, se déchirent, se heurtent, se débattent, tentent encore de sauver quelque chose, même si tout n’est que vanité. Par-dessus tout il y a la beauté des alexandrins, taillés dans l’élégance marmoréenne de la langue de Racine. Avec  intelligence, les textes sont dits sans heurts, chargés de passion contenue, avec des voix qui se dédoublent parfois, jouant sur l’intériorité des personnages. Le regard se multiplie, image fragmentée du destin. Oreste (Charlène Juvé et Alexandre Peyron), victime de son aveuglement amoureux, est interprété par un acteur, puis vibrant de flamme, par une actrice ; Hermione (Alexia Chardard et Chloé Humbert) se partage entre la séductrice et l’amante flouée ; Andromaque (Clarisse Arnaud et Youssra Mansar), digne et intransigeante, est aussi celle qui fait mine de céder pour protéger « le seul bien qui (lui) reste et d’Hector et de Troie » ; Pyrrhus (Baptiste Adelmar et Romain Henry) est l’amoureux qui menace pour arriver à ses fins et le roi qui se plie aux volontés des Grecs. Les rôles plus conventionnels des confidents restent singuliers, Céphise (Stéphanie Léon), Cléone (Maéva Mortemousque), Phoenix (Olkan Servellera). Le verbe est ici action, s’incarne dans les faits, chaîne amoureuse destructrice ciselée dans une langue au rythme remarquablement servi. Et bien loin, le souvenir de Désert rouge d’Antonioni, et son intemporelle étrangeté.

MARYVONNE COLOMBANI

Février 2016

Spectacle donné au théâtre Vitez du 23 au 27 février.

© Antonioni , Désert rouge (1964).

Théâtre Antoine Vitez
29 Avenue Robert Schuman
13100 Aix-en-Provence
04 42 59 94 37
http://theatre-vitez.com/