Vu par Zibeline

Le Roi d'Ys triomphe à Marseille

Un plateau luxueux

• 15 mai 2014, 18 mai 2014 •
Le Roi d'Ys triomphe à Marseille - Zibeline

« Bientôt on ne pourra peut-être plus monter ce type d’ouvrage » s’ inquiète le directeur de l’Opéra de Marseille Maurice Xiberras. De fait, Le Roi d’Ys d’Édouard Lalo est de la veine du Grand opéra de la fin du 19ème siècle qui exige, non seulement des chanteurs rompus à la langue française, mais des voix taillées à la mesure d’un orchestre qui puise dans la profusion wagnérienne (deux atouts de plus en plus rares à réunir aujourd’hui!).

Au demeurant, les Marseillais sont gâtés ! La production à l’affiche au mois de mai propose un ouvrage qui fut autrefois l’un des grands succès des scènes lyriques (on le donnait en représentations, rien qu’à Marseille entre 1925 et 1950, au moins tous les deux ans!). Non contents de redécouvrir une musique originale, puissante, des airs héroïques, une histoire poignante bâtie sur la passion amoureuse et la jalousie, une légende bretonne relatant l’engloutissement de la ville d’Ys au Vème siècle chrétien (magnifique final où l’eau tombe du ciel en pluie sur la scène même!), on a été frappé par l’exceptionnelle qualité de la distribution vocale.

Inva Mula (Rozenn) est à la hauteur de son statut de diva. Elle possède en 2014 un soprano large, mais a heureusement conservé les sons filés, aériens et belcantistes de ses débuts. Béatrice UriaMonzon (Margared), joue sa sœur et rivale : elle est une tragédienne à la voix sombre et aux aigus tranchants. On connaît mal Philippe Rouillon (Karnac) : pourtant dans le rôle de l’ennemi félon, son baryton cuivré est d’une solidité rare. Que Florian Laconi (Mylio) possède un timbre de ténor somptueux, équilibré passant aisément la rampe… c’est remarquable ! Et Nicolas Courjal (Le Roi) a toute l’ampleur d’une basse noble et chantante !

Le Chœur de l’Opéra, très sollicité, rend à l’opus toute ses dimensions cérémonielles, ses chants de victoire et de mariage, guerriers ou tragiques. Le tout est servi par une mise en scène subtile, intelligente (Jean-Louis Pichon) évoquant la rocaille et les brumes des Cornouailles . L’Orchestre de l’Opéra, enfin, séduit par la puissance épique qu’il développe dès l’ample et belle Ouverture symphonique qui donne d’emblée le sourire à son chef Lawrence Foster.

JACQUES FRESCHEL

Mai 2014

Le Roi d’Ys à l’affiche jusqu’au 18 mai

www.opera.marseille.fr

04 91 55 11 10

Photo © Christian Dresse


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