« Rue des Pâquerettes » de Mehdi Charef est à lire aux Éditions Hors d’atteinte

Un petit carnet à spirales

« Rue des Pâquerettes » de Mehdi Charef est à lire aux Éditions Hors d’atteinte - Zibeline

Après avoir travaillé en usine pendant 14 ans, Mehdi Charef s’est consacré à l’écriture, puis au cinéma. Le goût des récits lui est venu en souvenir de ceux que faisait sa mère en Algérie, pendant qu’éclataient les fusillades des années 60, pour les rassurer, lui et ses frères et sœurs. Le père était en France pour tenter de gagner plus d’argent. En novembre 1962, il avait enfin fait venir sa famille. C’est le choc ! L’hiver est glacial, la Seine est gelée et « il y a des Français, partout, partout. » Au lieu de l’appartement rêvé, ils se retrouvent tous dans une barraque du bidonville de Nanterre. Mehdi a dix ans ; très vite il est remarqué par son instituteur pour le plaisir qu’il a à parler de lui, de sa vie et de ses rêves : « d’une ficelle, je fais une pelote », dit-il. Il lit tout ce qu’il peut trouver, des livres et des journaux sauvés des poubelles. Il apprend vite et quitte bientôt la classe de rattrapage et se fait le héros de ses rédactions. Sur un petit carnet à spirales donné par son maître pour qu’il y consigne toutes ses pensées, Mehdi parle du feuilleton Janique Aimée qu’il peut voir au bar du bidonville, de l’ancienne institutrice devenue prostituée au grand cœur, de ses camarades de classe… Il y consigne aussi des souvenirs du pays au soleil et ses découvertes du cinéma, de la douche municipale et du photomaton…

Au fil des pages c’est une galerie de portraits que nous offre Charef, ceux de ces immigrés qui ont tout quitté pour que leurs enfants aient une vie meilleure, et celui d’une époque. Il avait compris très vite que les enfants étaient voués à prendre la place de leur père sur les chantiers, que le retour au pays était une illusion. Son témoignage sensible touche et amuse à la fois ; il nous permet de voir les bidonvilles à hauteur d’enfant, de mesurer la difficulté de vivre à cheval sur deux cultures, et de se souvenir du rôle primordial qu’ont joué les travailleurs immigrés dans la France de ces années-là.

CHRIS BOURGUE
Avril 2020

Ce livre, le premier de la toute nouvelle maison d’édition marseillaise Hors d’atteinte, est sélectionné pour le Prix littéraire des lycéens et des apprentis de la région Sud-PACA. Vu les circonstances, le grand Forum du mois de mai n’aura pas lieu et les élèves peuvent voter en ligne jusqu’au 7 mai. À suivre sur Zibeline !

https://prixlitteraire-regionsud.fr/vote/

Rue des Pâquerettes Mehdi Charef
Éditions Hors d’atteinte, 17 €