Clap de fin sur le festival des Musiques Interdites à la Friche

Un opus phare, une création et un ciné-concertVu par Zibeline

• 13 septembre 2014 •
Clap de fin sur le festival des Musiques Interdites à la Friche - Zibeline

Clap de fin sur le festival des Musiques Interdites à la Friche !

C’est sur le Grand Plateau que s’achève, le 13 septembre, le 9ème festival Musiques Interdites entamé en juillet 2014 et reporté en raison des manifestations des intermittents du spectacle.

L’Ensemble Télémaque, dirigé par Raoul Lay, est l’invité de cette manifestation qui, depuis une dizaine de saisons, met en valeur des musiques, artistes censurés, exilés, déportés, oubliés, exterminés… aux heures les plus noires de notre récente (in)humanité.

Au programme, un compositeur et une œuvre phare du début du 20ème siècle, jugés dégénérés par les Nazis dès 1933 : Arnold Schoenberg et son Pierrot lunaire. Cent ans après sa création, l’opus saisit encore l’oreille par son modernisme ancré dans une tradition romantique. Les poèmes d’Albert Giraud traduits en allemand sont chantés/parlés avec un goût sûr, sans vulgarité ni lyrisme ostensible par la soprano Brigitte Peyré, rompue à cet ouvrage qu’elle interprète régulièrement avec les mêmes musiciens. Ensemble, ils jouent cela comme d’autres fredonneraient une comptine, respirant de concert : cela semble si facile !

Résonne ensuite, dans le vaste espace scénique, une partition puissante signée Philippe Hersant, posée sur les mots douloureux de Charlotte Delbo, survivante et témoin des camps de la mort. La musique de « D’où nul n’est revenu »,  ses réminiscences schubertiennes, la stature vocale de Nicolas Cavallier, formidable baryton-basse à la déclamation imposante, donnent à cette création mondiale un souffle, une profondeur qui font idéalement sens dans le contexte de ce festival convoquant la mémoire d’hier… pour mieux appréhender demain ?

C’est hier qu’on invite en seconde partie de la soirée avec un film surprenant, réalisé en 1924 par Hans Karl Breslauer, Une ville sans juifs d’après le roman éponyme et satirique d’Hugo Bettauer assassiné par un nazi en 1925. L’œuvre (une comédie !) extrapole sur les conséquences de l’antisémitisme autrichien durant la crise économique et l’expulsion des juifs de la cité… Ce muet, prémonitoire, explorant le thème ancestral du bouc émissaire est agrémenté d’un mixage électro diffusé en direct par Pierre Avia, subtil quant au montage, mais parfois trop présent en matière de puissance, comme dans l’extrême vibration des fréquences graves…  Cela noie par moments la carrure de l’image à l’écran. Reste une belle découverte justifiant à nouveau l’existence d’un festival militant et fondamentalement humaniste !

JACQUES FRESCHEL
Septembre 2014

Photo : création « D’où nul n’est revenu » © Philippe Adrien

La Friche
41 rue Jobin
13003 Marseille
04 95 04 95 95
http://www.lafriche.org/