Vu par Zibeline

Retour sur " Barbe-Bleue " revisité par Jean-Jacques Chazalet à l' Odéon

Un Offenbach au poil !

Retour sur


«C’est en ne sachant jamais où il va qu’un homme d’État arrive à conduire les autres !». En entendant cette réplique écrite par Meilhac & Halévy en 1866 pour le Barbe-Bleue d’Offenbach, on se dit qu’elle pourrait être signée d’un éditorialiste contemporain. C’est ce qui constitue, en partie, l’intérêt de représenter aujourd’hui de classiques pastiches qui furent, au Second-Empire, d’acerbes pamphlets à l’encontre du pouvoir. Dans ce Perrault revisité avec force anachronismes, le roi Bobêche et son baron serial-killer d’épouses sont des tyrans d’Opérette, certes, mais des tyrans tout de même ! Ils font assassiner selon leur bon plaisir. Toutefois, leurs victimes sont sauvées grâce à la «désobéissance civile» de serviteurs, «haut-fonctionnaires» bouffons animés par une conscience supérieure qui en fait des «Justes». Ajoutons que le conte aborde les thèmes de la soumission et de la transgression, de l’(im)puissance et de la cruauté, de la confiance ou du «jardin secret», voire de l’ascenseur social… Du coup, ce qui apparait comme un pur divertissement fouille des strates qui dépassent largement la pochade !

On rit au demeurant, on s’amuse à l’Odéon les 20 et 21 avril, au ballet des poulettes-crazy, ex-mariées sorties de tombe, cancanant autour de leur coq, irrésistible Dominique Desmons (Popolani) ne demandant qu’à rabattre son pinacle. On est sous le charme d’Emmanuelle Zoldan, belle mezzo incarnant Boulotte, villageoise-nympho tirée au sort pour épouser en 6e noce le «Landru» d’Offenbach, chanté quant à lui par un magnifique ténor : Marc Larcher. Sur une musique parodiant la Pastorale ou l’Opéra-séria, se dessinent de séduisants seconds rôles dont Christine Bonnard (La Reine Clémentine) et la soprano Caroline Géa (Fleurette) brillent respectivement sur les plans du comique et de la pâte vocale. Les artistes du Chœur Phocéen enluminent ce spectacle festif, mis en scène par Jean-Jacques Chazalet, comme les décors soignés de Nicolas Delas et les somptueux costumes de la Maison Grout.

JACQUES FRESCHEL

Odéon – Théâtre municipal, Marseille

04 96 12 52 70

odeon.marseille.fr

Crédit photo : X-D.R