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Dérangé que je suis, troisième roman d’Ali Zamir

Un naïf aux Comores

Dérangé que je suis, troisième roman d’Ali Zamir - Zibeline

Le troisième roman d’Ali Zamir commence dans un cri. Cri de souffrance et de révolte. Cri d’un jeune homme « ligoté comme une chèvre » dans un conteneur et couvert de sang. Comment en est-il arrivé là ? C’est le sujet du roman qui mélange avec brio le tragique, le social et l’humour. Et surtout écrit dans une langue étonnante faite d’ancien français, de mots savants inusités, d’images croustillantes…. Bref une langue réinventée à la sauce comorienne. Car Ali Zamir est né dans l’île d’Anjouan, puis a étudié au Caire, pour finalement se retrouver à Montpellier. Ce très jeune homme a donc déjà un riche parcours, mais il a ses Comores chevillées au cœur. Ainsi fait-il d’un jeune docker son héros, traînant son chariot, son gagne-pain, sur les quais du port international de Mutsamudu. Il vit seul, dans une cabane de feuilles tressées et, outre son chariot, ne possède que sept chemises, sept pantalons et sept culottes, avec le nom du jour de la semaine inscrit dessus. Ce qui permet aux gens qu’il croise de savoir quel jour on est et les engage à le penser un peu « dérangé » : c’est le nom qu’ils lui ont donné. Dérangé, donc, tout pauvre qu’il est, a une morale et du respect pour les autres. Cela ne va pas lui réussir. Une femme mariée conseille à son époux de le prendre comme transporteur. Le mari, pressé, lui demande d’engager trois autres dockers. Ce sont les Pipipi, ainsi nommés car leurs prénoms commencent tous par la syllabe « Pi ». Le travail est vite fait, très bien fait. Mais démarrent alors les ennuis de notre Dérangé : la femme le serre de près, se montre entreprenante et malgré ses efforts son « pauvre serpent » s’agite dans son pantalon, tel une « bête indomptable » ! Il en est tout confus. S’enchaînent alors une série d’aventures rocambolesques : courses de chariots dans la ville, voisin jaloux, nouvelles approches de la dame, fuite désespérée du pauvre innocent qui ne veut pas mettre son « insolent doigt sur un plat cuisiné pour un autre. ». L’aventure serait cocasse si elle ne se terminait pas en tragédie.

CHRIS BOURGUE
Août 2019

Dérangé que je suis Ali Zamir
Le Tripode, 17 €

Prix France Télévision 2019