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Behzod Abduraimov subjugue la Roque d'Anthéron

Un mutant à la Roque !

Behzod Abduraimov subjugue la Roque d'Anthéron - Zibeline

Certes, l’on peut reprocher au concert du 23 juillet au Parc du château de Florans des défauts de cohérence : pourquoi Peer Gynnt de Grieg (en quelques extraits célèbres) ou La Valse de Ravel après une première partie aussi flamboyante et virtuose que le troisième Concerto pour piano et Orchestre en ré mineur op 30 de Rachmaninov ? Tout ne pouvait que sembler fade ensuite ! Popularisé en 1996 par le film de Scott Hicks, Shine, qui retrace le portrait du pianiste australien David Helfgott, le concerto qualifié d’ « œuvre la plus difficile au monde » y est l’objet d’une compétition au Royal College of Music d’Angleterre. Le jeune pianiste qui affrontait cet Everest des partitions pour piano, Behzod Abduraimov, rendait toute parole vaine ! Acrobatique virtuosité, oui, avec une articulation, une clarté sans égales, un jeu délié, précis, fin, inventif… mais aussi un sens aigu des nuances, des couleurs. Les thèmes énoncés en épure se complexifient, donnent lieu à de vertigineuses cadences. Jamais cependant la technique n’apparaît gratuite, le phrasé pailleté du jeune interprète nous conduit par toutes les gradations des mouvements de l’âme. Simplicité en épure des thèmes, variations enflammées, délicatesse, élans exacerbés… jouant d’égal à égal avec l’orchestre qui ne couvre jamais le piano, même dans les fortissimi. La Philharmonie Zuidnederland dirigée avec une belle pertinence par Dmitri Liss dialogue avec le pianiste, le suit, s’élance à ses côtés, brillant, somptueux. Pupitres équilibrés, sens des phrasés, respirations larges, irisées…

La légende veut que Rachmaninov lui-même ne pouvait assurer de rappel après l’épreuve physique de l’exécution du mythique concerto ; Behzod Abduraimov, après moult rappels d’un public subjugué, offrit une Campanella (d’après Paganini de Liszt) au tempo hallucinant et pourtant d’une articulation sans faille, au sens de la narration aigu, avec la rare capacité d’en faire entendre les moindres intentions, notes perlées, eau fluide, calme, sonorité claire des cloches résonant sur la campagne… un condensé du monde bouleversant.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2017

Concert donné au Parc du Château de Florans, La Roque d’Anthéron, le 23 juillet, dans le cadre du Festival International de La Roque d’Anthéron.

Photographie : Behzod Abduraimov © Christophe Gremiot