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Vu par Zibeline

Le Mucem accueille deux nouvelles expositions, centrées sur deux fortes personnalités

Un muséologue nommé Rivière

• 23 novembre 2018⇒4 mars 2019 •
Le Mucem accueille deux nouvelles expositions, centrées sur deux fortes personnalités - Zibeline

Marie-Charlotte Calafat, co-commissaire de l’exposition Georges Henri Rivière au Mucem, est consciente que l’exercice n’est pas facile : il s’agit d’attirer un public vers « quelqu’un que personne ne connaît ». Et il gagne à être connu ! Muséologue talentueux et inventif, le concepteur du Musée national des arts et traditions populaires a eu une vie extrêmement riche (1897-1985). Tout l’intérêt de l’exposition étant d’articuler son parcours professionnel avec son caractère, empreint de doutes mais déterminé à faire entrer les objets du quotidien dans les espaces muséaux. Formé par Marcel Mauss, Georges Henri Rivière a participé au mouvement de convergence entre les disciplines qui flirtent avec son domaine, histoire, archéologie et ethnologie se rapprochant pour appréhender l’objet du point de vue technique, social, politique. L’usage, la forme ont pour lui un sens. Aux établissements de conservation de travailler leurs collections pour éclairer ce sens, le contextualiser, lui restituer sa profondeur sous des apparences anodines.

L’architecte Olivier Bedu a scénographié un parcours en 34 étapes. Ce n’était pas une mince affaire, déclare-t-il avec humilité, que de passer après celui qui était surnommé « le magicien des vitrines ». Mais il n’en fallait pas moins pour cerner l’ampleur du personnage et sa façon de sortir au forceps le populaire du folklorisme, à une époque où ce n’était rien moins qu’évident. On est ainsi touchés par sa capacité à anticiper la nécessité de préserver les usages de nos campagnes avant le rouleau compresseur de la mécanisation. Qui sait si, demain, ce ne seront pas les précieuses pratiques dont les écomusées gardent la mémoire, qui permettront une transition hors de l’agriculture industrielle, imbibée de pesticides ?

Fleuron du parcours, la reconstitution d’un « buron d’Aubrac », une fromagerie d’altitude telle qu’elle existait avant la Première guerre mondiale. Ou comment concrétiser une méthodologie « rigoureusement authentique », sans « inspiration pseudo-régionaliste », capable de restituer le savoir-faire d’un « genre de vie, tradition active, étroitement associé au milieu naturel ».

Pour ceux qui souhaitent aller plus loin et emporter avec eux un peu de l’esprit des musées de société, le Mucem a édité le catalogue de l’exposition.

Mohammed Kacimi

Du 23 novembre au 3 mars 2019, le fort Saint Jean accueillera quant à lui une exposition consacrée au plasticien marocain Mohammed Kacimi. Plus précisément centrée sur sa « période africaine », les années 1993-2003 durant lesquelles il prit ses distances avec l’art occidental, pour se positionner de manière éclatante « face à des mutations, des répressions locales et internationales, des misères et des aberrations politiques ». La commissaire de l’exposition, Nadine Descendre, décrit un homme lucide, très tôt concerné par l’environnement, les dérives scientifiques, les énergies fossiles et le nucléaire, qui va chercher auprès d’autres disciplines ce qui selon lui manque à la peinture, « devenue trop peu active, trop égocentrique, trop peu en prise avec son époque ». Voilà une personnalité que l’on a hâte de côtoyer de plus près, ce qui sera possible non seulement à travers une sélection de ses œuvres et de ses archives, mais également via l’hommage multiforme qui lui sera consacré le samedi 24 novembre. Une table ronde est prévue tout d’abord, avec un poète, un historien de l’art, un chercheur dans le domaine des médias et de la culture, et un artiste (Mohammed Bennis, Brahim Alaoui, Driss Ksikès, Saïd Afifi). Puis une lecture de textes de Mohammed Kacimi, assurée par la comédienne Sofia Hadi ; et enfin un concert de Majid Bekkas.

GAËLLE CLOAREC
Novembre 2018

Georges Henri Rivière
Voir, c’est comprendre
jusqu’au 4 mars 2019

Kacimi – 1993-2003 une transition africaine
23 novembre au 3 mars 2018

Photo : Dans un Buron d’Aubrac vers 1910. Reconstitution de l’unité écologique de la section «un établissement humain, l’Aubrac» de la galerie culturelle du Musée des Arts et Traditions Populaires. Paris, 1975, Matériaux divers. Son et lumière : 5 min 34. Mucem, Marseille © RMN-Grand Palais (Mucem) / Christian Jean