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Vu par Zibeline

Que voir au Musée régional d’art contemporain de Sérignan cet été ?

Un musée qui respire

• 1 juillet 2017⇒22 octobre 2017 •
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Que voir au Musée régional d’art contemporain de Sérignan cet été ? - Zibeline

Au Mrac de Sérignan, l’art contemporain toujours alerte.

Chaque visite au Mrac laisse transparaitre quelque chose de réellement vivant. Ce lieu est décidément animé d’un mouvement créatif et branché sur les questionnements contemporains, déclinés au fil des présentations proposées par sa directrice Sandra Patron, qui expose des travaux souvent très conceptuels, toujours parfaitement introduits par son regard et son expertise de curatrice. Elle délivre peu à peu un regard plein d’acuité sur le monde, dans une lecture cohérente et toute en transmission.

Cet été, dans l’espace du cabinet d’arts graphiques, allégé de quelques vitrines qui provoquaient reflets et distance entre les œuvres et les visiteurs, l’allemande Pauline Zenk expose son travail de mémoire en pointillé. Récemment lauréate du Grand Prix Occitanie de l’Art contemporain, elle explore et collecte des images perdues ou en errance, dans les tiroirs, aux marchés aux puces et sur internet, et traduit les déchirures et les pertes dans une peinture sensible, pleine de symboles. Pour cette dernière série, Gravitation, elle se confronte à l’histoire de la Retirada. A Toulouse, où elle vit actuellement, elle a rencontré des personnes, qui, enfants, ont fui l’Espagne et la débâcle des Républicains espagnols en 1939. Elle a écouté les trous dans leur mémoire, regardé des photos dont plus personne ne sait qui est dessus. Elle décline le beau visage de Maria, qu’elle multiplie et épuise en le recopiant, avec toujours quelque chose qui signifie l’absence, l’oubli, un vide irrémédiable. Toile découpée, déchirée. Personnages scindés en deux. Flou sur les figures. C’est délicat et limpide.

Neil Beloufa, franco algérien installé à Montreuil, déjà très présent sur la scène internationale (Moma à New York, Londres, Biennale de Venise) expose pour la première fois une monographie de cette importance en France (hormis Paris). Au premier abord, l’univers de Développement durable est plutôt hermétique. Des capsules cylindriques, bricolées avec des objets de récup’, peut-être pour abriter des sans domicile, peut-être pour partir dans l’espace. Un comptoir de Bar – Schengen protéiforme, ludique, au look très Star Wars, bardé de caméras de surveillance, des passeports vissés sur le comptoir… Beloufa ingère les objets quotidiens, non pas vraiment pour les détourner, mais pour souligner leur inutilité (beaucoup de cafetières Nespresso), l’esprit jetable de notre société, le besoin qui se crée après l’invention du produit (les iPad). Rassembler des inutilités ou obsolescences pour créer un courant collectif. Avec ses espaces dystopiques/utopiques (selon l’humeur), il propose, sur notre monde d’objets surveillés, un regard conscient, amusé, désenchanté, à partager (on peut brancher son téléphone sur ses sculptures, s’asseoir dans Le Confident, écouter sa playlist).

Autre langage, autres temps, la collection d’affiches d’expositions de Lempert assemblées par Miguel Wandschneider, commissaire invité, tourne la tête, tant il y a d’images, d’artistes auteurs de posters (Dubuffet, Hamilton, Ben, Warhol, Rauschenberg…), de courants (très bien exposés), de messages, de langages… Progression un peu répétitive, mais c’est justement là que se situe toute la richesse de l’expérience.

ANNA ZISMAN
Juillet 2017

jusqu’au 8 octobre
Honey, I rearranged the collection – Posters de la collection Lempert
Gravitation – Pauline Zenk

jusqu’au 22 octobre
Développement durable – Neil Beloufa

Musée régional d’art contemporain, Sérignan
04 67 32 33 05
mrac.languedocroussillon.fr

Illustration : Pauline Zenk, La fille avec le carreau noir, 2017. Huile, crayon et pastel sur toile, 46 x 38 cm.